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Publié par Frédéric Baillette

    Dès le XVIIème siècle et jusqu’à la fin du XIXème des faiseurs de rimes ont mis en vers les jeux de l’amour et du volant, certains rimailleurs saisissant la facilité à faire tinter coquette avec raquette et galant avec volant… Le volant a également inspiré quelques nouvellistes ou romanciers (de renom ou de pacotille) qui ont vu dans cet agréable divertissement, où les deux sexes pouvaient se retrouver dans un cadre bucolique, l’occasion d’initier une rencontre amoureuse (voir, par exemple, « Le jeu de l’amour et du volant », une nouvelle d'Amélie Murat, parue en 1920 dans le quotidien La Liberté, publiée sur ce même blog en cliquant Ici [1]).

    Le jeu lui-même, d’ailleurs, n’est-il pas né d’une funeste mésaventure advenue à un Amour trop entreprenant ?
    Un Jésuite à l’imagination fertile, le Père La Sante, a ainsi attribué la «naissance du jeu du volant » à la tragique fin d’un impudent Amour, ange ailé aux flèches emplies de désir, sauvagement châtié par Vénus et les trois Grâces, soucieuses de conserver intacte leur virginité ? Furieuses que le cupidon pénètre en leur demeure et s’enhardisse à bander son arc dans leur direction, les nymphes auraient massacré l’effronté avant de confectionner, avec son plumage et le liège de son carquois, le tout « premier volant ». L’arc fut promptement transformé en raquette et les virginales déesses célébrèrent alors cette victoire de la Chasteté sur l’Amour en disputant la toute première partie de volant ! (Voir, sur ce même blog : « La naissance du jeu du volant »)

    Fort heureusement, tous les jolis cœurs, simples baratineurs ou infatués godelureaux, ne subirent pas un tel sort et ladite « innocente » activité devint rapidement un espace de rencontres galantes, où les dames jouaient de leurs charmes et se plaisaient à se faire courtiser ou galantiser (soit : flatter d’une façon raffinée) :

« On voit souvent une Coquette,
Par un air adroit et charmant,

Échauffer plus un jeune Amant,
Que le Volant et la Raquette. »
Nicolas Arnoult, vers 1690
(cf. estampe ci-dessous)
 

Nicolas Arnoult — image imprimée vers 1690
Gravure/cuivre au burin et à l'eau-forte coloriée - Estampage : 298 x 200 mm - Taille page : 375 x 247 mm
Mention figurant sous le poème :
A Paris chez Nicolas Arnoult rue de la Fromagerie a l'image St Claude aux Halles. Avec Privilège du Roy
© MUNAÉ (Musée National de l'Éducation)


Le temps du premier face-à-face amoureux

    Ainsi, au XVIIème et XVIIIème siècles les nobles dames se distrayaient en jouant au volant en aimable compagnie. Gentilshommes et courtisans ne dédaignaient pas prendre une raquette pour se mêler au « joli jeu » et tenter de conquérir les cœurs des coquettes.
    Participer au jeu permettait de faire connaissance, d’engager un premier contact en partageant un moment d’agréable connivence, un premier doux plaisir, et aux galants de mugueter (courtiser). Tel le célèbre poète et épistolier à la verve précieuse, Vincent Voiture qui, dans les années 1630, profitait des « interminables parties de volant », jouées dans les jardins de l'Hôtel de Rambouillet avec la blonde Angélique-Clarisse d'Angennes, pour glisser à l'oreille de la marquise à la fine taille « les mots si doux auxquels les cœurs féminins sont toujours sensibles » (Georges Mongrédien, « Chavaroche, Intendant de l'Hôtel de Rambouillet », in La Revue Mondiale, 1er novembre 1930, p. 30. Source RetroNews).
    Ce « passe-temps qui du bel âge, occupe les riants loisirs » pouvait faire naître des passions et fusionner des destins. Dans « le tendre et mutuel échange » de « l’emplumé jouet » des regards s’échangeaient, des liens se tissaient, des passions naissaient :

« De vos charmantes destinées
Ce hochet peut fixer le cours.

Ainsi, des garçons et des filles,
Les yeux et les cœurs se parlant,
On voit s’allier les familles,
Grâce au joli jeu du volant.

Mais quelquefois sous la feuillée
Où l’on s’est donné rendez-vous,
Rose d’amour est effeuillée,
À cet amusement si doux »

    Et les partenaires, après avoir dénudé, de ses pétales, la délicate empourprée, se risquaient alors à un « autre jeu brûlant »… (Albert-Montémont, « Le Volant », 1845 [2])

    Aussi, dans leur jeunesse, nos romantiques arrière-arrières grand-mères appréciaient cet attrayant délassement où les hommes les courtisaient et où elles « fleuretaient » [3] :

« — Dans ce temps-là, mes fillettes,
Les hommes étaient galants,

Et nous contaient des fleurettes
En renvoyant le volant »
Victor Meusy, « La partie de volant », vers 1900 [4]

 

jeu du volant badminton

Carrelage mural, de John Sadler, Liverpol, 1757-1761
Source Barbara Wells Sarudy, 2019


    Le volant est ici perçu comme un aimable badinage, un délassement champêtre, qui égaye les jeunes amants.
    Sur l'herbe tendre, les tourtereaux folâtrent en s'appliquant à maintenir en l'air le liège emplumé. Bien qu’à ce jeu la bien-aimée puisse se révéler particulièrement cruelle, repoussant les impétueuses ardeurs de son chevalier servant :

« Au volant, avec ma Zulmé
Je jouais hier sur l’herbette.
Voilà bien l’image parfaite,
Dit-elle, d’un amant aimé :
Ainsi que ce liège emplumé
Il vole et jamais ne s’arrête.
Ah ! repris-je, de ton amant
C’est plutôt l’image fidèle.
Plein d’une ardeur toujours nouvelle,
Mon cœur vole à toi constamment,
Et je le vois incessamment
Repoussé par ta main cruelle !
»
(Hyacinthe Morel, « Le Jeu du Volant », 1800 [5])

 
   Le jeu du volant offrait aussi l’occasion d’être ébloui, envoûté, étourdi, par une prestance, une élégance, une pétulance, d'être subjugué par la troublante sensualité émanant d'une anatomie en mouvement, de l'enchanteresse chorégraphie, d'une gestualité accentuant une courbure, mettant en valeur une cambrure :

« Il n'est rien qui serve à mettre en évidence la grâce
ou la pesanteur d'une jeune fille comme une partie de volant.

J'admirai la souplesse élégante de son corps qui avançait, reculait et se laissait aller en ondulant dans toutes les directions, se prêtant aux détours du volant comme un roseau flexible au plus léger caprice du vent qui passe.
Son bras demi-nu décrivait dans l'air maintes courbes gracieuses.
Je ne pouvais détacher mes yeux de  bras blanc comme du lait, azuré de veines bleuâtres, j'en suivais les contours arrondis jusque sous les manches où ils se perdaient ans l'ombre.
Il m'arrivait à chaque instant de laisser tomber le volant.
L'ardeur du jeu nous avait entraînés dans une allée retirée
»...
Ch.-M. Laurent, « Un Déclassé. Contes de Paris et de province »,
in Le Roman. Journal des Feuilletons Marseillais,
1er janvier 1883, n° 1055, p. 670.


« Parfois la brise équinoxiale se levait, [...] et le volant déviait de la ligne droite.
Alors pour le rattraper au vol, mademoiselle Clotilde, sans bouger de place, mais le torse, cambré dans un mouvement superbe qui en faisait saillir les lignes galantes, déployait son bras avec un grand geste, le poignet replié en arrière, et de fines veines bleues apparaissaient soudain à fleur de peau, au-delà de la manchette, sous la poignée garnie de cuir de la raquette.
C'était charmant, ce geste subit !
Mais, en le constatant, je devenais maladroit à la riposte.
Mon œil oubliant le volant relancé avec autant de force que de grâce admirait dans toute sa chère longueur, du poignet à l'épaule, ce joli bras souple et nerveux, et le liège emplumé s'abattait sur la terre avec un choc mou.
»
Ernest D'Hervilly, « Le Bras », in La Vie Moderne, n° 14, 3 avril 1880, p. 214.


    À la vue des gracieuses évolutions, mais aussi des parcelles de corps, par la sylphide, dévoilées (ici les globes d'albâtre d'une poitrine naissante), le cœur est transporté :

« De deux globes s'émeut l'albâtre,
Sous un lin toujours vacillant,

Et cet enivrement folâtre
Est l'heureux effet du volant . »
Albert-Montémont, « Le Volant »,1845
(voir, ci-dessous, l'intégralité de ce poème)

Publié in Le Caveau, 12ème année, Paris, Labitte Libraire Éditeur, 1845, pp. 303-305.
Un numéro qui s'ouvre avec cette exergue signée Désaugiers : « Aime, ris, chante et bois, / Tu ne vivras qu'une fois. »


    Au rythme des éclats de rire et des regards échangés, le cœur s’emballe, il bat la chamade. Les sens s’émoustillent. De secrets et ardents désirs naissent et s’enracinent.
    Le jeune Raimbaud tombe ainsi sous le charme de sa partenaire de jeu, la « gracieuse » Henriette. Il est vrai que l’affriolante et affolante beauté excelle au maniement de la raquette, alors que, lui, s’y révèle d’une maladresse ridicule : « Tout son corps vibrait, ondulait, se rejetant en arrière, avec une souplesse de nymphe, pour ressaisir le volant poussé trop loin ; les bras nus jaillissaient parfois tout entiers des amples manches, les cheveux dénoués dansaient. […] Je ne l’avais jamais vue si belle. Ma tête s’en allait, s’en allait… » [6]
    Encore tout tourneboulé par l’enchanteresse vision de l’« alerte, joyeuse » et palpitante Henriette (dont le corsage est loin de le laisser indifférent), le malhabile aligne « au galop » quelques vers, dédiés à l’inaccessible créature (nonobstant mariée à un « beau vieillard ») :

« Levez donc votre main coquette,
Rieuse au rire étincelant ;

Tendez-moi toujours la raquette,
Lancez-moi toujours le volant ;

Songez-y, nous jouons, Madame,
À l’amour, affreux casse-cou…
Vous qui n’êtes pas encor femme,
Comme un enfant, moi comme un fou.

A ce jeu-là — j’y suis si bête ! —
Raillé, battu, jamais vainqueur,
Vous m’avez vu perdre la tête,
Et ma tête suivait mon cœur…

Et j’ignore à présent moi-même
Où s’en vont mes pas égarés,
Et je m’irrite, et je vous aime,
Et jamais vous ne m’aimerez. »
Marc-Monnier, Le Dossier de Raimbaud, 1882, pp. 247-248 [7]


    Si le pusillanime et déconfit Raimbaud s’agace et se désole de son impuissance, d’autres, plus chanceux ou audacieux, savent exploiter les ratés du jeu pour établir un premier contact. Le volant promptement ramassé, pour être rendu à la «ravissante jeune fille aux yeux bleus [et] à la taille gracile », permet un frôlement impromptu ou recherché, un certes bref mais intense effleurement, propice à l’embrasement des corps [8], au déclenchement d’un coup de foudre et à la naissance d’une idylle :

« Une fois je lui ramassai son volant et ma main trembla en touchant la sienne. »
« Esquisse de mœurs. Une fille perdue », 1837 [9]


« En se baissant tous deux à la fois pour ramasser le volant,
leurs mains s’étaient rencontrées.
»
Xavier-Boniface Saintine, Un Rossignol pris au trébuchet, 1856, p. 56 [10]


« Elle laissait à son tour tomber le volant ; nous nous précipitions tous deux pour le relever ;
alors nos mains se touchaient, nos cheveux s'effleuraient.
J'étais ivre, je sentais tout mon sang refluer vers mon cœur.
[...]
Dans un moment où nous nous baissions pour reprendre le volant qui venait de tomber,
mes yeux comme toujours se fixèrent sur les siens, sa paupière trembla.

Un fluide magnétique confondit nos regards ; je mis un genou à terre, et je me penchant vers elle, je la pris dans mes bras en la serrant de toutes mes forces sur ma poitrine et en appuyant avec délice mes lèvres sur les siennes. »
Ch.-M. Laurent, « Un Déclassé », Le Roman. Journal des Feuilletons Marseillais, 1er janvier 1883, n° 1055, p. 670.

 

   Les plus audacieux profitent d'une soi-disant gaucherie pour tenter un intime rapprochement, allant jusqu'à enlacer la coquine cousine qui préférait jouer à la raquette avec, comme volant, un baiser :

« Si tu veux, pour nous amuser
Cousin, jouons à la raquette.

Le volant sera mon baiser
Reçois le premier que je jette.

Mais il me faut le renvoyer
Cousine ce si doux baiser.

Or moins habile à le lancer
Je demande à me rapprocher.

Car pour qu’au but ce volant touche
Il faut le lancer... bouche à bouche.
»

Vers accompagnant une série de 5 Cartes Postales (voir ci-contre)


    Lorsque les bécots font offices de volants et les lèvres de raquettes, l’innocent jeu peut rapidement se transformer en une égrillarde partie de bizouilles, en une débauche de baisers et autres friponneries (où les garçons sont à la manœuvre) !
    Ainsi, dans « Jeux innocents », un court récit publié en 1910 dans l’hebdomadaire à l’humour résolument grivois La Vie en Culotte Rouge (de la couleur garance du pantalon de l’infanterie française d'alors) : Lucette, Nicole et Germaine, «trois ravissantes midinettes » sont conviées à « un joyeux diner au champagne » dans la garçonnière du lieutenant Hubert de Boisdur (sic), pour fêter son anniversaire. Au dessert, Hubert, qui a également invité deux de ses camarades de promotion, propose de jouer à un « pigeon-vole » à la mode strip-poker. Se retrouvant rapidement en petite tenue, les donzelles, afin d'éviter de terminer en tenue d’Ève, supplient les « beaux » militaires de faire preuve de clémence. Le gage est illico converti en baisers, et c’est dès lors « avec un louable zèle [qu’elles] échangent sur la raquette des lèvres le volant des folâtres baisers », juste avant que les trois compères n’éteignent subrepticement la lumière [11]… (voir reproduction ci-dessous)
    On observera dans le coin gauche de l’illustration qui accompagne le texte, la représentation d’une fillette (un innocent chérubin) tentant de cacher sa nudité d’une raquette au cordage très aéré. À ses pieds un volant, et juste en-dessous des représentations aillées aux allusions lourdingues : saucisson, cochon, lapin et casserole…

« Jeux innocents », La Vie en Culotte Rouge, n° 425, 27 mars 1910, p. 8.
Source Gallica.BnF

        On trouve une mise en garde tout aussi égrillarde, dans un poème intitulé Tennis, rédigé également au début du XXème siècle où les jeunes filles, à qui il est conseillé d'apprendre à bien « tenir sa raquette », sont prévenues que lorsqu'il s'agira de se becqueter (les lèvres), elles devront s'attendre à circuler d'un joueur à un autre :

« Sachez tenir une raquette,
Jeunes filles au cœur aimant.

Semblables aux miss en jaquette,
Trémoussez-vous correctement ;
Mais craignez, au dernier moment,
Lorsque sans gêne on se becquète,
D’aller de raquette en raquette. »
Ludovic-Léon Régnier, « Tennis », 1906 [12]


    Mis à part ces parties de gaudriole bien franchouillardes, où les dames sont des proies consentantes qui toujours succombent à la mâle attitude, d’autres soupirants se montrent plus chevaleresques.
    Plus patients, des dégourdis savent attendre le moment propice où la chance se présentera à eux et prestement la saisir.
    Ainsi Camille, secrètement amoureux de l’adorable Lucie, conquit par « ce petit nez fripon, ses tresses blondes et son air mutin », observe l’espiègle enfant qui joue au volant avec sa sœur, à l’affût de la péripétie qui lui permettra d’engager conversation :

« Camille épie le jeu gracieux de la raquette, suit le volant qui s’envole, observe la main agile, le petit pied qui court sur les cailloux. Bravo ! le volant s’accroche à la branche du marronnier. Voilà une aubaine pour notre amoureux ! D’un bond il saisit le volant et le rapporte à Lucie ravie qui bavarde gentiment avec le pétulant gringalet . » [13]

    Nettement moins intrépide, le prude Louis XIII, ne profita nullement de l’aubaine qui s’offrit à lui, lorsque Mlle de Hautefort, une courtisane, « fille d’honneur » de Marie de Médicis, lui proposa de récupérer un volant malicieusement tombé dans son corsage. La coquine, dont la gorge avait «une grande réputation de beauté », s’empressa de lui présenter « la charmante raquette sur laquelle il était tombé »... Mais, Louis XIII, « cœur mélancolique et chaste », bien qu’éprit de la (très) jeune beauté, se montra particulièrement précautionneux pour récupérer l’ oiseau perché dans l’exquis entre-seins et servit sur cet affolant plateau :

« Un jour qu’il jouait au volant avec ces deux jolies personnes [Mesdemoiselles de La Fayette et de Hautefort, dont il était "fort amoureux"], le volant alla se planter entre les seins de Mademoiselle de Hautefort.
Celle-ci, en riant, s’approcha de Louis et lui offrit le volant sur la charmante raquette où il était tombé.

Mais le pudibond monarque prit une paire de pincettes — ainsi qu’on fait au lazaret de peur de la peste — et se servit du bout de celles-ci pour retirer le volant . »
Paul Mahalin, D’Artagnan, grand roman historique […], 1890 [14]

 

Affiche du Court-métrage (18mn) Shuttlecock. It's called Badminton, not Goodminton
Mélanie M. Jones, Canada, 2018, Crazy8s Film Society


    Si le jeu du volant est propice à la rencontre amoureuse, l’Amour lui-même, n’est-il pas comme un volant qui vogue allégrement de raquette en raquette ?


Amor, ut Pila, vices exigit

    L’Amour, comme une balle ou un volant, demande à être renvoyé :
« Love, like a ball, requires to be thrown back. »
(voir, ci-après, la reproduction de Jacobs Cats et Robert Farlie)
 

« Amor, ut pila, vices exigit », Adrian van de Venne,
Illustration extraite de Jacob Cats, Spiegel vanden Ouden ende Nieuwe Tijd, La Haye, 1632 (vers)
Dimension 143 x 145 mm — © British Museum : Ici


    Pour être agréable, le jeu exige une continuité, la recherche d’une impeccable symétrie dans les échanges. Il demande de l’application, une réciprocité dans l’art de relancer le volant. Synchronie et complicité. Cette joyeuse et aimable alternance serait à l’image de l’Amour réussi, de l’Amour parfait qui est résonance, synergie des cœurs, irradiante entente. « L’amour exige l’amour […]. La réciprocité est la loi de l’amour », écrivait en 1948 le Révérend Père Henri-Dominique Lacordaire [15]. Sans réciprocité de « l’élue de mon cœur » qui accepte mon amour, l’accueille et me retourne le sien, l’amour est imparfait, bancale. Pour être joyeux, idyllique, l’amour de l’aimant doit rencontrer celui de l’être aimé et lui faire écho.
    Au volant, tout comme en Amour, pour faire durer le plaisir, il importe de prolonger la partie. On donne pour recevoir en retour. Aussi, dans ce jeu d’alternances convenues, les partenaires s’appliquent à envoyer puis à retourner un volant aisé à attraper et à relancer. Le jeu de volant est perçu comme un jeu où prime l’harmonie, où les cœurs « battent du même émoi » (Maxalexis, Le Baiser immortel, 1999) :

« [...] Amor, ut Pila, vices exigit.
That is, Love, like
[…] a Shuttle-cock, must be returnd, and help up on both sides. »
Lord Bushop of Salisbury, 1697 [16]

    Comme un volant, des deux côtés, l’Amour doit être rendu avec bienveillance. Car si l’un des partenaires se montre incapable de le renvoyer correctement, s’il vient à faillir, alors le jeu prend subitement fin...

    Si le jeu du volant, dans sa sereine fluidité, est à l’image de l’Amour réussi, il est aussi, dans ses loupés, ses égarements, à l’image des déconvenues et des bifurcations amoureuses.
    L’amour est une aventure, une aventure aventureuse (Vladimir Jankélévitch). Il est à « la merci des événements », suspendu à l’imprévisible, à la rencontre inattendue qui subitement, sans crier gare, le réoriente, laissant l’un des deux acteurs désemparé, effondré.
    L’amour est fragile, périssable. Une maladresse, « un faux coup de raquette », et comme un volant il prend une imprévisible direction, et la « partie est perdue » :


    « "— Hélas !” se disait la mélancolique Léonie tout en chassant le liège emplumé, “semblable à ce volant que pousse et ballotte notre caprice, notre amour est à la merci des événements. Peut-être demain, un coup imprévu du sort rompra nos relations avec jules et Adolphe, comme un faux coup de raquette peut mettre fin à la partie. — Ah ! mon Dieu, s’écrie la jolie bonde, qui frappe si maladroitement son volant qu’il prend une route tout-à-fait inattendue, — ah quel mauvais augure ! la partie est perdue ! »
Auguste Gautereau, La Famille Pitou, 1846, p. 47 [17]

 

Jacobs Cats et Robert Farlie, Moral Emblems with Aphorisms, Adages, and Proverbs, of All Ages and Nations,
Illustrations Freely Rendered, Londres, 1862, pp. 75-76


Au Cœur-Volant

    Si le cœur qui a rencontré l’âme sœur est comme un volant qui circule, plus ou moins paisiblement, entre deux raquettes, les cœurs à prendre, les esseulés, sont soumis au bon vouloir des joueuses, esclaves de leurs humeurs et de leur bon plaisir.

    Au moyen-âge, selon Cénac-Moncaut, le cœur du courtisan était ainsi à la merci des caprices des dames. Il allait et venait au gré de leurs envies : « Comme une balle emplumée. Il bondit de raquette en raquette, obéissant au plus léger souffle des belles . » [18]

    Le volant, sa légèreté, son angélique blancheur, sa pureté, sa fragilité, est à l’image d’un cœur inquiet et parfois craintif. Cœur aérien, suspendu, voletant, dans l’attente de la « Belle aventure ». Dans le « Cœur en l’air » (1895), le poète (Émile Blémont) rêve ainsi de deux beautés jouant au volant avec son cœur :

« Oui mon cœur était le volant rapide
Qu’entre ciel et terre guettaient leurs beaux yeux ;

C’était mon cœur faible, errant et timide
Que se renvoyaient leurs bras gracieux . » [19]

    Le cœur aimant, amouraché (entiché) ou en quête d’amour, est aisément comparé à un volant-ailé qui va à la rencontre de l’être-aimé. L’amour ne donne-t-il pas des ailes ! Si :

« La raquette, c’est l’expérience qui donne du ressort au désir.
Le volant, c’est ton cœur avec des plumes
. »
La Jeune mère ou l’Éducation, 1889, p. 46 [20]

    Le cœur, cette « source de vie où l’amour se condense » (Paul Juillerat, 1861), vers la dulcinée, est lancé tel une bouteille à la mer, emplie d’espoir :

« Je n’ai plus une seule fleur
Je n’ai plus rien, belle coquette ;
Mais je vais te lancer mon cœur
Comme un volant à la raquette
»
Paul Guastalla, 1895 [21]


    Reste à savoir quel coup de raquette l'élue va accueillir l'offrande :

« Comme un volant
qui tombe sur votre raquette,
Comme un volant
Mon cœur vers vous s’en va volant.
Il brûle de flamme discrète.
Ne le repoussez pas, Lisette,
Comme un volant
.
[...]
Comme un volant
Qui fuit d'un seul coup de raquette,
Comme un volant
Je rejette un cœur voltigeant.

S'il brûlait de flamme discrète,
Viendrait-il à s'offrir à Lisette
Comme un volant ?
»
« Couplet impromptu à Madame de Lingrée, en jouant au volant », 1790 [22]

Carte postale, vers 1908 — Collection Liliane Thuillier

 

    Or, la vie n’est pas tendre avec les cœurs sensibles, avec les romantiques qui se meurent d’amour ou se désespèrent de ne point trouver l’authentique, l’indéfectible Amour, celui qui dure toujours. Elle réserve bien des mésaventures aux cœurs des doux rêveurs, des idéalistes. Cœurs souvent bien vite désenchantés, emplis de chagrin, mélancoliques, amers. Cœurs en souffrances, découragés. Cœurs saignants, accablés, éplorés, larmoyants :

« La vie a mis ton cœur sur sa raquette et joue,
Comme un enfant qui pousse un volant dans le soir ;

Chaque coup te fait mal, mais crains de laisser voir
Une larme qui mouille en silence ta joue . »
Léon Bocquet, 1910 [23]

 

    Le damoiseau, à force de voir ses avances repoussées, parfois sans ménagements, se froisse et termine exsangue, détruit. Désormais abandonné, il est remplacé par un tout neuf, bien plus fringuant.
    Car la fin d’un volant est rarement heureuse. Un raté, un énervement, un subit désintérêt, et le voilà mordant le sol, s’y écrasant lamentablement, subissant une brutale déception.
    La passion amoureuse n’est pas un long fleuve tranquille. Elle est animée de « soubresauts », ponctué de « heurts », de « contrastes violents, ou le pauvre cœur de l’homme est sans cesse jeté d’un extrême à l’autre, comme le volant que se lancent deux joueurs de raquette » [24]. Ou plutôt deux joueuses, car majoritairement ce sont les dames qui tiennent le manche et jonglent avec les cœurs enfiévrés !


Quand les dames mènent les hommes à la raquette

    Dans les années 1830, dans le « joli village de Reuil », alors situé dans la « campagne parisienne », au pied des collines de Bougival, se trouvait un « modeste » cabaret tenu par le père Bernard : le Cœur-Volant. L’enseigne de ce lieu de rendez-vous des paysans et des « bonnes du voisinage » représentait « deux jeunes filles se renvoyant sur leurs raquettes un cœur percé d’une flèche » [25].

    Car pour les poètes ce sont bien les électrisantes mais « perfides coquettes / Qui font faire aux amans milles pirouettes » [26]. Ce sont les exquises et quelque peu chipies jouvencelles qui mènent la valse des cœurs, les font bondir et s’égayent du sort quelles leurs font subir. Dans ce divertissement, les hommes font office de souffre-douleur, tel Alceste, « amoureux obstiné » de la jeune Célimène qui constamment lui échappe et « se sauve en éclatant de rire » :

« Son cœur est le volant dont elle est la raquette. »
Gaston de Raimes, « Le Tour du vase », 1906 [27]

« Les femmes sont des raquettes dont nous sommes les volants. »
Léo Errera, juillet 1880 [28]

« Et, je baise la main coquette
Qui joue encore à la raquette

Avec mon cœur comme volant . »
Jules Mayor, « Caprice », 1920   [29]

 

« Les Poupées », carte postale, années 1900, auteur Inconnu
« Je tiens en main une raquette
Et je ris d’un rire vainqueur ;
J’en vais jouer, folle et coquette
Avec pour volant votre cœur !
»


    Au début du XIXème siècle, l'apprêté et maniéré Dandy, tout à son désir de se distinguer pour briller, était souvent tourné en ridicule. Ce narcissique, aussi frivole que présomptueux, ce vantard aux douteuses conquêtes, était ainsi comparé aux Volans emplumés pris entre deux raquettes, servant de hochet aux vives coquêtes. Bien bizarre et triste Destin que celui de ce Volant à qui un moraliste conseille dans une fable, publiée en 1837 dans l'hebdomadaire Le Glaneur, de se dépouiller se son aile empruntée pour être sans doute plus aimé :

 

Dansdy Volant Destin Fable Poème
Le Glaneur, 21 mai 1837, p. 4



    Gracieuses, élégantes et « malicieuses coquettes » se jouent des « cœurs ardents » de leurs prétendants. Aussi Sylvandre se méfie-t-il de Myrtil et Rosalinde, ces :

« […] deux adorables coquettes
Dont les caprices sont bel et bien des raquettes

Joueront avec mon cœur, je le crains, au volant . »
Paul Verlaine, Les Uns et les autres, 1891 [30]

    L’énamouré « tout tremblant » fait alors, souvent à ses dépens, office de volant, tandis que la Belle manie la raquette comme elle l'entend :

« Si l’homme est un volant,
Elle tient la raquette !
Être plus qu’il ne faut Coquette,
Est son plus cher défaut.
»
Théodore de Banville, « Galatea », 1884 [31]


    À tel point que la dénommée Sidonie Brédillard, « une grande fille aux cheveux roux » guère farouche, était plus connue « dans le pays » sous le sobriquet de La Raquette, « vu qu’elle fait sauter en l’air comme des volants le cœur de tous les gars d’chez nous ! » Et notamment celui de Pierre-Constant Quilledru, « beau gars, brun et haut en couleur » de 27 ans, accusé de flagrant délit de braconnage et d’outrage sur garde-champêtre, alors qu’il ne faisait, à ses dires, que lutiner dans les fourrés ladite Raquette qui l’avait rancardé en ces lieux touffus ! (ce qui ne lui évita pas d’écoper d’une amende de cinquante francs, l’argument n’ayant pas été retenu par le tribunal) [32].

Série de 3 cartes postales coquines, début XXème, Collection Liliane Thuillier


    Les femmes fatales, incorrigibles séductrices, « bourrelles des cœurs » ou enjôleuses gamines assurées de l’impact de leurs attraits naissants, s’amusent en se renvoyant le cœur tombé dans leurs rets. Elles le lancent et le relancent, le chassent et le rachassent, sans ménagement. Elles le chahutent joyeusement jusqu'à l'anéantir. Telles ces deux « folles fillettes » qui se renvoient « en riant » ce cœur par leurs charmes ensorcelé. Un « jeu cruel » s’achevant par la chute brutale, du cœur supplicié, désespéré, « saignant » :

« Et je vis deux folles fillettes,
L’une blonde comme les blés,

L’autre brune — de leurs raquettes
Armant leurs doigts blancs, effilés.

Joyeuses, chantant une ronde,
Elles approchent, l’air vainqueur ;
L’une d’elles, c’était la blonde,
En riant alors prend mon cœur
Et, le posant sur sa raquette,
Hélas ! commence un jeu méchant :
Elle l’envoie à la brunette
Qui le lui renvoie en riant.

Le soleil inondait la nue
Le coucou chantait dans les bois,
Et le jeu cruel continue
Aux éclats de leur fraîche voix…
Enfin, mon cœur retombe
Saignant et meurtri sur le sol :
Elles s’en vont, et je succombe…
— Pleure sur moi, doux rossignol ! »
Émile La Rivière, « Le jeu du volant », 1866 [33]


    Le jeu du volant n’a-t-il pas pour « origine » un perfide amusement imaginé par la « déesse » Méchanceté qui, pour distraire Vénus et les trois Grâces, se saisit d’un cœur délaissé :

« Le jette en l’air, le reçoit dans la main,
Le jette encor, le reprend, le rejette
»

Avant d’associer à son jeu Aglaé, Euphrosyne, Thalie, puis Vénus elle-même. Alors :

« De l’une à l’autre on le tracasse,
De Vénus à Méchanceté.

Le cœur trop longtemps ballotté,
À la fin déploya ses ailes ,
[…]
Et murmurant, prit congé de nos belles . »

Mais, qu’à cela ne tienne, les cœurs à maltraiter ne manquent pas, et même si :

« Vénus rougit de ce départ si prompt,
Mais de courroux elle en prend un second

Que pareillement elle afflige,
Et qu’à fuir de même elle oblige. »

    Et ainsi de suite, valdinguent et se fracassent les cœurs sur lesquels les déesses « font main basse ». Des cœurs d’autant plus maltraités que les « mains s’échauffent » et que, de colère, les joueuses « redouble[nt] d’ardeur », n’hésitant pas à lancer contre un mur celui qui se révèle « un peu dur » ! Si devant cette « fureur » les cœurs s’enfuient dare-dare, qu’à cela ne tienne puisque, pour ces Vénus, le gisement est inépuisable. Aussi, depuis la découverte de ce jeu, ces inaccessibles et aphrodisiaques Beautés, dont « Méchanceté » est la « compagne inséparable », n'ont de cesse de le pratiquer :

« Le jeu plus fort à l’Immortelle,
Pelotter cœur est toujours de son goût,

Et quand parfois il en manque à la belle,
Coquetterie en va chercher partout . »
« Origine du Jeu du Volant », 1756 [34]
 

« Origine du Jeu du Volant », in Mercure de France. Dédié au Roy, Paris, Novembre 1756, pp. 39-41.
Source gallica.BnF.fr


    C’est que les dames se plairaient à mystifier les « cœurs novices » (Albert-Montémont), ou à tourner en bourrique le « vieux beau » en quête d’une jeunette, d'une oiselle, à « honorer de sa flamme prête à s’éteindre »... À l’image du comte de Gerville, dindon d’une farce intitulée « Entre deux feux », hésitant entre deux « belles », sans s’apercevoir que les deux « amies » se moquent impunément de lui :

« que deux paires de jolies mains jouent à la raquette avec son cœur flétri,
et que ce cœur remplace le volant
».
« Théâtre de Saumur », 1866 [35]


    Quel mauvais génie peut bien animer la candide enfant qui avec désinvolture inflige des blessures :

« —Tu m’as égratigné, méchante !
[…]
Qu’étrange est le démon de ce cœur ingénu
Qui joue avec l’amour comme avec sa raquette »
Fagus, « Déchirements », 1921 [36]

 

    Ou encore Odette qui dans la « chambre nuptiale », encore revêtue de « sa virginale parure » (sa robe de mariée), avoue à son mari, auquel elle se refuse, qu’elle en aime un autre... L’époux bafoué tance l’hypocrite « cabotine d’amour » qui l’a déshonoré :

« Vous m’avez indignement trompé. Je compte pour rien le mal épouvantable que vous m’avez fait en jouant avec mon cœur, insouciante comme une gamine s’exerçant à la raquette. Je ne vois que l’éclaboussure à mon nom, la tache honteuse que j’aurais le droit de laver dans le sang . »
Jacques Yvel, Demi-femme, 1918 [37]

    Ou la délicieuse Ninon, dont le prénom caractériserait l’indécision – Ni-oui Ninon –, « Amante incertaine », bien « difficile à comprendre ». Ne serait-elle pas :

« […] qu’une coquette
Prenant l’amour pour sa raquette

Dont mon cœur devient le volant ? »
Charles Coran, « Ninon », 1884 [38]

    L’amoureux demande à être rassuré, il s’inquiète de la moindre hésitation, d’une défaillance passagère, et aspire à recevoir des preuves d’amour.
    Si au Jeu du volant, des nymphes, telles Chloris (ou Cloris, nymphe d’une grande beauté dont s’était épris Zéphyr), peuvent montrer des faiblesses et ne pas renvoyer avec suffisamment de vigueur le volant jusqu’à elles poussé par l’être aimé, si leurs coups peuvent être « pleins d’incertitude » et ne pas atteindre leur cible, leurs yeux, eux, « frappent toujours au cœur »…(« Ton regard est mieux qu'un baiser / Baiser de flamme / Que sur mon âme / Tes yeux en secret vont poser », Jean de Verval, 1909) :

« Un jour que ma Cloris d’une grâce nouvelle,
Une palette en main me poussait un volant,
Il suspendit son vol, et d’un tour chancelant,

Au lieu de m’approcher ne s’éloigna pas d’elle.

Que faites-vous, lui dis-je, ó ma Nymphe immortelle ?
D’où vient que votre bras est si faible et si lent,
Cependant que le mien d’un effort violent
Le pousse jusqu’à vous à longue tire d’aile ?

Alors armant ses yeux si charmants, et si doux,
D’un superbe dédain, et d’un noble courroux,
Elle me répondit d’une voix assez rude ;

Je n’ai que trop pour toi de force et de vigueur ;
Si les coups de ma main sont pleins d’incertitude,
Au moins ceux de mes yeux frappent toujours au cœur . »
Guillaume Colletet, « Le jeu du volant », 1656 [39]


    Les filles sérieuses tiennent d'ailleurs à se démarquer de cette image de tourmenteuse chronique :

« […] et vous m’accusez, par ma foi !
De prendre ce cœur sous mes doigts

Et d’en jouer à la raquette !...
Mais non ! Je ne suis point coquette ! »
Jean de Verval, 1909   [40]


Cœurs en souffrance

    Pauvres infortunés tourtereaux qui comme Stéphane, protagoniste d’une comédie d’Émile Augier jouée en 1849, est « épris d’une coquette / Qui regarde l’amour comme un jeu de raquette » [41].
    Comme un volant, le cœur de l’éperdument amoureux, par la belle « échauffé », est alors objet de souffrances. Cœur transis, pris dans la tourmente et la nasse de la passion, il subit les affres de l’amour sans retour.
    Le cœur du « pauvre garçon », est ainsi malmené par « l’impitoyable Yveline [qui traite] le beau Varcourt [un prétendant prétentieux] comme la raquette traite le volant » [42], et qui à force d’être continuellement bousculé, blessé, termine sur le carreau, anéanti :

« Car je sentais mon cœur, ainsi que ce volant,
Poussé, battu, meurtri, déchiré, pantelant,
Comme lui ballotté de raquette en raquette,

Bondir et rebondir, pauvre martyrisé,
San trêve ni repos, au gré d’une coquette,
Pour tomber, à la fin, contre le sol brisé.
»
Claudius Popelin, « Le Volant », 1888 [43]

Claudius Popelin, Un Livre de sonnets, « Le Volant », Paris, Charpentier et Cie, 1888, p. 120.
Source gallica.BnF.fr.


    Car, lorsqu’elle s’en est bien amusée, la « briseuse de cœur » abandonne, sans remords, le « cœur perdu ». Tel ce cœur sanguinolent, gisant au sol, que la sans-cœur, la « femme fatale », écrase de la pointe de sa bottine assassine !
(cf. illustration ci-dessous, non datée)
 

Émile Coulon (dessin d'), « Cœur perdu », in Le Courrier Français — © Collection particulière

    Aussi convient-il d’éviter les « secs mannequins et [les] femmes coquettes » qui jonglent avec les cœurs de leurs amants et les évincent dès qu’ils se montrent trop pressants :

« Jouant aux amoureux comme on joue aux volants ;
Et qui les font sauter nombreux sur leurs raquettes…

Mais les jettent dehors dès qu’ils sont trop galants ! »
Aimé Giron, « Ma bien-aimée. — Satire », 1864 [44]

 

Faudrait pas pousser le bouchon (déplumé) trop loin !

    Attention toutefois de ne pas trop faire languir l’alangui ! Car à force d’être repoussé, rejeté, l’éconduit « se lasse » et se détourne de l’aguichante splendeur. Victor Hugo, lui-même, prend la plume pour mettre en garde les coquettes qui abusent de leur beauté :

« Quand on est si bien faite,
On devrait se cacher.
Un amant qu’on rejette,
À quoi bon l’ébaucher ?

On se lasse, ô coquette,
D’être toujours tremblant.
Vous êtes la raquette,
Et je suis le volant.
»
Victor Hugo, « Sommation irrespectueuse » (extrait), 1865 [45]


    À trop être baladé le cœur d’artichaut se rebelle et décide de ne plus aimer celle à qui il « vouait son cœur ». Maltraité, écorché, cabossé, l’amoureux déçu s’éclipse. Il abandonne celle qu’il idolâtrait, refusant de finir comme un déchet, mis au rencart :

« Je croyais l’adorer avec idolâtrie,
Lui donner ma pensée et lui vouer mon cœur,

[...]
Quoi ! J’irais me livrer au jeu d’une coquette,
Comme un pauvre volant battu d’une raquette,
Et qu’on laisse à la fin, triste objet innommé,
Dans un coin, au rebut, sans forme et déplumé ?
»
Claudius Popelin, « Histoire d’avant-hier », 1889 [46]


    L’amoureux échaudé se rebiffe, il refuse d’être réduit à « un joujou ». Il préfère ne plus jamais aimer qu’être, tel un yoyo, lancé et relancé par d’indélicates et irrespectueuses dominatrices :

« C’est fini. Je n’aimerai plus.
Mieux vaut cent fois être perclus,
Sentir le tranchant d’une lame,
Que d’être esclave d’une femme !

Qui vous attelle sous son joug,
Ou vous casse comme un joujou ;
Qui vous attrape et vous rejette,
Comme un volant sur sa raquette !
»
Alexandre Weill, « Plus d’amour ! », 1889 [47]

 

« Perte au jeu c'est dette d'honneur
D'un baiser j'attends la faveur
»
Carte postale, vers 1907

Amours Volages, cœurs nomades

    S’il pouvait se pratiquer dans les intérieurs des demeures cossues, le lieu d’expression privilégié du jeu de volant restait les cours et les jardins. Aussi le moindre souffle, à fortiori une brusque bourrasque, pouvait contrarier, réorienter et briser net la course du volant. Ces changements de direction sont à l’image de l’insouciant « qui [a] joué avec [son] cœur comme un jeune enfant joue avec le volant que le moindre souffle écarte de sa raquette. » (Édouard Hardy, 1861 [48])

    Mais, le cœur instable, le cœur girouette, par excellence est celui des filles aux « mœurs élastiques ». Lorsque la femme est comparée à un volant, c’est en effet pour souligner sa versatilité, sa légèreté. Aussi légère qu’un volant que le moindre zéphyr emporte.
    « Le sexe adorable est en même temps le sexe volage. » [49] La femme, ce « sexe trop inconstant » [50], serait frivole. Elle papillonne, sautille telle une « bergeronnette » et s’en va butinant… :

« On dit partout que la femme est coquette,
Et que son cœur est semblable au volant
Reçu, lancé de raquette en raquette,
Et dans les airs emporté par le vent.
Dieu ! mon amie est-elle aussi légère ?...
»
Gallemant de Marennes, « L’Illusion » (extrait), 1834 [51]

    Dans Le Roi s’amuse (1832), Victor Hugo fait ainsi dire au bouffon Triboulet : « Souvent femme varie / Bien fol est qui s’y fie ! / Une femme souvent / N’est qu’une plume au vent ! »
    Une plume qui vogue, virevolte, pirouette, au grès de ses humeurs et de ses tocades.
    Inconstance, instabilité, indécision, frivolité, perfidie, déloyauté, caractériseraient le « sexe féminin », cet « animal si difficile à comprendre »).
    Malicieuse, prompte au contre-pied, la jouvencelle serait insaisissable.
    À l’image de ce « troublant » madrigal » rédigé sur un feuillet par un « élégant lieutenant de hussards » que l’exquise Nelly garde précieusement plié dans son « vaporeux corsage » :

« Vous riez, naïve, coquette,
Et votre cœur est un volant.

Bien heureux qui, plus d’un moment,
Le retiendra sur sa raquette !... »
Charles de Bussy, « Les entêtés », 1917 [52]

    La métaphore du volant est alors utilisée pour pointer les déambulations romanesques, les vagabondages sentimentaux (et sexuels), d’une jeune fille « en noce du soir au matin ». À l’instar des Lorettes du XIXème siècle, ces jeunes femmes du demi-monde, « nomades phalènes », maîtresses de plusieurs amants [53], voire des grisettes, ces jeunes ouvrières ou employées de maison de mode «réputées sexuellement accessible » (Robert), et autres « cocottes parfumées », proies des « joyeux viveurs » [54], ces fêtards, sinon débauchés ou encore « bêtes de plaisir » :

« Son cœur de jeune fille était comme un volant,
dont le destin est d’aller d’une raquette à une autre.
»
Auguste Ricard, « Le Viveur », 1839-1841 [55]

    Il en va ainsi du cœur de la jolie écervelée. Insouciante tourterelle, à la « cervelle d’oiselet » qui ne pense qu’à batifoler et profiter du bon temps (celui de la jeunesse), en cabriolant d’amourette en amourette. Telle Mlle E..., surnommée « bouche en cœur », que l’on « aime pour sa gaité, pour son bon cœur, pour sa cervelle d’oiselet où les soucis et les inquiétudes ne pénètrent pas. Toujours prête à danser et à chanter […], aimant un peu l’aventure, jetant son cœur comme on jette le volant que la raquette recevra toujours et qui rebondira de là pour aller ailleurs. » G. Haspard, « Silhouette », 1939 [56]

    Ou encore, la malicieuse et gaie Lisette aux « yeux fripons » et à la « cervelle d'oiselet où les soucis et les inquiétudes ne pénètrent pas ». Lisette « toujours prête à danser, à chanter, à tremper ses lèvres dans une coupe de champagne », et qui « sentait bon le plaisir ». Lisette à la « beauté tapageuse », à la « frimousse délurée », « oiseau mignon [qui] aimait changer de cage » et d'amant, multipliant les « liaisons banales » : « Ainsi vivait Lisette, aimant un peu à l'aventure, jetant son cœur comme on jette le volant que la raquette recevra toujours et qui rebondira de là pour aller ailleurs. »
Ernest Mallebay, « Lisette », 1924 [57]

    Car le cœur des coquettes est capricieux, folâtre, indomptable, «oiseau rebelle que nul ne peut apprivoiser » ! (Prosper Mérimée, Carmen, 1847) :

« Vous passez, légère, coquette,
Et votre cœur est un volant,
Cœur fol que nul sur sa raquette
Ne retiendra plus d’un moment !
»
Charles de Bussy, « À une coquette » [58]

    Ce serait d’ailleurs, selon un chroniqueur du Furet Nîmois, la définition même de la guillerette et fantasque coquette, que de circuler continuellement entre amants :

« Qu’est-ce que la coquette ?
— C’est le volant léger

Qui voltige sans fin de raquette en raquette » [59]

    Aussi l’homme en quête de la perle rare, de la femme de sa vie, se réjouit lorsqu’il croise (enfin) l’amour stable, aux antipodes du nomadiste amoureux des friponnes et autres dévergondées, qui vont de raquettes en raquettes :

« L’amour enfin, non pas cet amour des coquettes,
Volant qui rebondit sur toutes les raquettes . »
Émile Deschamps, 1861 [60]

    Une formulation que l’on retrouve quasi à l’identique dans un poème que Charles Brainne dédie à la dame de son cœur. Une ode intitulée : «Ce qui me plaît en vous ». Ce qui plaît au poète « ce n’est pas cette beauté du corps dont un amant raffole », mais cet esprit gracieux, cette âme charmante, cette pureté, cette douceur de voix et surtout qu’elle n’est point superficielle, ni évaporée, et surtout pas bambocheuse :

« Ce qui me plaît en vous, c’est que, mines coquettes,
Douces rigueurs, refus faits pour encourager,

Vous avez le bon goût de ne point y songer,
Et votre amour n’est point comme un volant léger
Qui passe, et rebondit sur toutes les raquettes. »
Charles Brainne, « Ce qui me plaît en vous », 1846 [61]
 

    Ainsi le cœur des « délicieuses coquettes », ces élégantes et friponnes séductrices, ces « minaudeuses », serait semblable à un volant constamment en mouvement que nombre de joueurs s’échangeraient.
    Un étourdi volant qui n’en fait qu’à sa tête (de linotte), volant bien difficile à retenir. Volant qui folichonne, volant autonome, (sexuellement) libre, à la manière d’une « fille légère », bondissant « sur toutes les [mâles] raquettes »…

    Mais le cœur des dames est aussi un cœur aimant, un cœur passionné, dont les fourbes abusent, jusqu’à la dévoration…
 

André Gill, « Rentrée du cœur léger », La Lune Rousse , 22 juillet 1877, p. 2-3.
© Collection particulière

Amours voraces (ou quand la morsure amoureuse vire à la dévoration)

    Il n’y a pas que les dames qui jouent au volant avec les sentiments.
    Les hommes savent se conduire en parfait goujats, faire des promesses, donner de l’espoir et laisser brusquement choir une maîtresse, ou comme nous le verrons plus loin la dévorer à belles dents !
    Le vaurien se délaisse et se débarrasse tout-à-trac de la «brave fille » qui l’«avait choisi pour son compagnon de route [alors que] , lui, l’avait seulement choisie pour sa compagne de plaisir »…
    Le mufle abandonne sans le moindre remord celle à qui, il y a peu, il faisait miroiter un mariage, lui préférant une relation plus à ses convenances. Optant pour un meilleur parti, il prend « chaussure plus à son pied », sans se soucier d’où atterrira le cœur subitement abandonné, indifférent au sort de la malheureuse qui viendrait à tomber « dans le ruisseau » :

 

« Avait-il donc à se plaindre d’elle ? L’avait-elle trompé ? […] Nullement : il voulait se marier avec une autre, voilà tout. Il y a ainsi, en grand nombre, de pauvres diablesses de femmes que les hasards de l’amour ou que les amours de hasard ont jetées dans les bras de petits êtres méprisables, lâches et cruels, qui jouent avec leur cœur comme avec un volant, et qui ne s’inquiètent point s’il retombe sur une autre raquette digne de lui — ou dans le ruisseau. »
Lettres de Junius, 1862 [62]

    Peu importe au saligaud ce qu’il advient de celle dont il a profité avant de l’abandonner sans scrupule, se moquant totalement de la déchéance qui guette la malheureuse qui viendrait à tomber dans le caniveau…

    Mais le cœur déchu (ou trop aimé) peut aussi (exceptionnellement) terminer dévoré par l’amateur de « chair fraîche », et, l’appétit venant en mangeant, la Belle finir intégralement gobée, toute crue engloutie …
    L’anthropophagie n’est-elle pas « le comble de l’amour charnel », selon un aphorisme de Georges Elgozy ?
    L’amour contient une part de voracité. Le désir de possession de la « belle à croquer », relève d’une pulsion anthropophage, ou tout au moins du fantasme d’appropriation/incorporation du corps ardemment désiré de « l’appétissant poulette ».
    Dans leur mutuel désir de se posséder l’un l’autre, les futurs amants ne se mangent-ils pas des yeux ! Et lorsque l’amour est consommé, il n’est pas rare qu’ils se mordillent et se dévorent de baisers et d’aspirations vampiriques. Ces griffures, « morsures » et autres « suçons », ne restent qu’anecdotiques et superficielles, même si elles peuvent entamer la peau et y incruster les marques de la passion. Cette « tendresse cannibalique intervenant dans l’intimité sexuelle » [63] relève de la « dégustation douce », de «l’agression mignonne », et il est rare que celle qui « passe à la casserole » finisse au court-bouillon, excepté dans quelques cas relevant de la psychiatrie, ou d’un appétit féroce...

« Eine Liebesgeschichte in vier Bildern », 1903

    On trouve ainsi l’illustration d’une telle romance cannibalique, comptée sous forme d’une partie de volant, dans une revue allemande de 1903 (Meggendorfer-Blätter). Dans cette «histoire d’amour en quatre images » (Eine Liebesgeschichte in vier Bildern), imbibée de de préjugés racistes, la Beauté africaine, qui avait tapé dans l’œil du joli cœur, termine dans son ventre (Zum Schluß « lag sie ihm aber im Magen »)…
    Fin tragique où, malgré le vernis de la civilisation, l’indécrottable cannibale, incapable de réfréner les ataviques pulsions qui l’habitent, se mue en gynophage.

    Sans aller jusqu’à un telle incorporation/ingestion, guidée par un incompressible besoin de possession fusionnelle (pure gourmandise ou goinfrerie), le jeu du volant est à l’image du « séducteur-dévoreur », cet irrassasiable consommateur de « fillettes ».
    En 1864, Édouard Dangin publie ainsi dans le journal satirique, Le Tintamarre, un poème dont la « Moralité » (ou plutôt l’immoralité) fait la part belle à l’infidélité masculine. Une infidélité primesautière, où le bourreau des cœurs, tel un volant (doté d’autonomie et guidé par un inextinguible désir), varie ses trajectoires pour multiplier les conquêtes :

« Comme de raquette en raquette
On fait voltiger un volant
On doit faire sauter gaîment
Son cœur de fillette en fillette
Aimer peu, c'est bien  ; — n'aimer pas,
C'est mieux,  — Mais il faut, en tout cas,
Demeurer fidèle à sa belle
Juste le temps... d'être infidèle
. »
Édouard Dangin, « Nocturne », 1864 [64]


    Sauf, qu’à force de courir la prétentaine, le cavaleur, le libertin en constante quête de variété, s’use et termine sa carrière de Casanova en lambeaux, sa superbe dépiautée.
    Les dames se gaussent alors de l’insincère, de l’incorrigible Don Juan qui après avoir abusé des naïves oies blanches, les répudie (les plaque) « sans le moindre scrupule », et qui, à force de voguer de conquêtes en conquêtes finit par y perdre « toutes ses plumes ». Des reliques dont certaines favorites (des ex) s’emparent pour s’en parer :

« Bah ! votre cœur ! Vous avez tant joué à la raquette avec lui qu’on se demande s’il en reste quelque chose. C’est un volant qui a perdu toutes ses plumes. Je connais deux femmes qui en ont ramassé et qui s’en parent. »
Anthony Trollope, « La ferme d’Orley », 1865 [65]

    L’incorrigible séducteur est puni de son « infidélité en matière d’amour » par là même où il a fauté ! D’impénitent jongleur, il devient l’objet même du divertissement auquel il s’est, si souvent et en toute impunité, adonné avec le cœur des Dames.
    Ainsi, selon un poème d’Alcidon, datant de 1678, le « Volant fut autrefois le Cœur d’un Amant, que l’Amour métamorphosa de la sorte pour punir sa légèreté ». Pour corriger le coureur de jupon, qui caracole de belle en belle, « répandant ainsi les feux de tous côtés », la déesse Amour lui réserva un « supplice nouveau », changeant ce « Cœur volage » en un Volant !
    Désormais le cœur de l’irrespectueux vagabond se voit condamné à errer de raquette en raquette, pour que les jeunes filles fassent leur apprentissage :

« Oüy, l’on dit que ce jeu qui plait si fort aux Belles,
Et qui règne à la Ville aussi bien qu’à la Cour,

N’est qu’un effet du courroux de l’Amour
 Contre un Cœur embrasé de flammes infidèles.

Ce vagabond sans respecter les lois
Dont l’Empire amoureux reconnait la puissance,
Sur les ailes de l’Inconstance
Courait incessamment les Villes et les Bois

Là suivant son libertinage,
Il volait chaque jour
De Philis en Philis [66], et d’Amour en Amour,
Sans jamais embrasser un sincère Esclavage.

C’était l’Amant commun de toutes les Beautés,
Et sans être à pas-une,
Il se donnait tour à tour à chacune,
Et répandait ainsi les feux de tous côtés.

Mais l’Amour qui sous ses Drapeaux
Ne souffre point de Volontaire,
Résolut de punir enfin ce téméraire,
Et de chercher pour lui des supplices nouveaux.

À l’instant ce Cœur volage,
Par l’ordre de ce Dieu, fut en Volant changé ;
Et chacun des Amours dans son poste rangé,
Aussitôt à ce jeu fit son apprentissage. »

Alcidon, « A Mademoiselle D. S. C. », 1678, Paris [67]

    Ainsi finissent les « hommes à femmes », qui de braise les cœurs enflamment, transformés en volants, pour le plus grand plaisir des Mademoiselles !


NOTES :
[1] « Le jeu du volant et de l’amour », In La Liberté. Journal de Paris. Indépendant, Politique, Littéraire & Financier , 5 novembre 1920, p. 3.
[2] Albert-Montémont, « Le Volant », in Le Caveau, 12ème année, Paris, Labitte Libraire-Éditeur, 1845, pp. 303-305. Source Gallica.bnf.
[3] Fleureter, qui en ancien français signifiait « voler de fleur en fleur », pris au XIXème siècle le sens de faire la cour, en s’inspirant de l’anglicisme flirter !
[4] Victor Meusy, « La partie de volant », Chansons du pavé, Paris, Ernest Flammarion, édition non datée (vers 1900), pp. 112-116. Source Gallica.bnf : Ici .
[5] Hyacinthe Morel, « Le jeu du volant », Traduit librement du latin, et publié par les citoyens Arnault, Laya, Le Gouvé et Vigée, dans le n° X de Veillées des Muses, p. 32, Recueil Littéraire daté de Nivôse An VIII (janvier 1880) - selon le calendrier Républicain ! Source Gallica.bnf.
[6] Marc-Monnier, Gian et Hans. [suivi de] Le Dossier de Raimbaud, Paris, Librairie Ch. Delagrave, 1882, pp. 246-247. Source Gallica.bnf.
[7] Op. cit., p. 247-248.
[8] « Et lorsque, par hasard, ma main
En jouant rencontre la sienne,
Un feu, qu’il faut que je contienne,
M’agite d’uns transports soudain. »
Auguste Mouffle, « Elle. Romance » [extrait], in Journal des Dames et des Modes, 31 juillet 1820, n° 42, 24 ème année, p. 331. Disponible sur Gallica.bnf.
[9] « Esquisse de mœurs. Une fille perdue », L'Indépendant, Furet de Paris et de la banlieue, Littérature, beaux-arts, Théâtre, Librairie, Industrie et annonces , 9 avril 1837, p. 2. Source Gallica-BnF.
[10] Xavier-Boniface Saintine, Un Rossignol pris au trébuchet. Le château de Genappe. Le roi des Canaries [...], 1856, p. 56. Source Gallica.bnf.
[11] « Jeux innocents », La Vie en Culotte Rouge, n° 425, 27 mars 1910, p. 8. Source Gallica.bnf.
[12] Ludovic-Léon Régnier, « Tennis », De rime en rime, Paris, 1906. Source Gallica.bnf.
[13] Marie de Chambrun, Cinq dames de cœur et une jolie laide, Paris, Flammarion, 1945, p. 87. Source Gallica.bnf.
[14] Paul Mahalin, D’Artagnan, grand roman historique remplissant la période de la vie du célèbre mousquetaire qui s’étend de “la jeunesse des mousquetaires” à “Vingt ans après”, les deux romans d’Alexandre Dumas , 1890, p. 142. Source Gallica.bnf.
L’épisode romancé, de ce volant égaré, a certainement été suggéré par l’article qu’en 1856 Victor Cousin, consacre à « Madame de Hautefort », et dans lequel il relate un épisode où Louis XIII utilisa des pincettes d’argent pour tenter de récupérer un billet doux que cette beauté avait « caché dans son sein ». Tentative qui par ailleurs échoua. In Revue des Deux Mondes, 2ème période, tome 1, 1856, pp. 225-276. Disponible sur WikiSource : Ici .
[15] R. P. Henri-Dominique Lacordaire, Conférences de Notre-Dame de Paris, Tome 3 (« Années 1848 – 1849 – 1850 »), Paris, 1855, p. 174. Source Gallica.bnf.
[16] The Life of the Right Reverend Father in God Seth, Lord Bushop of Salisbury, Printed for William Keblewbite, London, 1697, p. 96.
[17] Auguste Gautereau, La Famille Pitou, Paris, Alexandre Cadot Éditeur, 1846, pp. 46-47. Source Gallica.bnf.
[18] Cénac-Moncaut, Histoire du Caractère et de l’Esprit Français. Cité par Léopold Barra, « À travers le Quercy », in Le Feu Follet. Revue Littéraire. Et Artistique, n° 116, 15 juin 1887, p. 559. Source Gallica.bnf.
[19] Émile Blémont, « Le cœur en l’air », in La Belle aventure. Vers d’amourettes et Vers d’amour. Cité par La Vie Théâtrale, 10 octobre 1895, p. 142. Source Gallica.bnf.
[20] La Jeune mère ou l'Éducation […], mars 1889, p. 46. Disponible sur Gallica.bnf : Ici .
[21] Paul Guastalla, cité in La Vie Mondaine (Nice), 7 mars 1895, p. 1. Source Gallica.bnf.
[22] Friedrich Melchior Grimm, « Couplet impromptu à Madame de Lingrée, en jouant au volant [1790] », in Correspondance littéraire, philosophique et critique adressée à un souverain d'Allemagne, pendant une partie des années 1775-1776 et pendant les années 1782 à 1790 inclusivement. Par le baron de Grimm et par Diderot, Troisième et dernière Partie, Tome 5, « Année 1790 », Paris, F. Buisson, 1813, pp. 560-561. Source Gallica.bnf.
[23] Cité par Maurice Gauchez, « Un poète automnal. Léon Bocquet », In Durendal. Revue Catholique d’Art et de Littérature, 1910, p. 679. Source Gallica.bnf.
[24] Antoine Benoist, Essai de critique dramatique […], « Le théâtre de Musset », Paris, Hachette et Cie, 1898, p. 120. Source Gallica.bnf : Ici .
[25] André Boni [pseudonyme d’Alfred Esparbié], Les Fausses routes , Paris, E. Dentu Éditeur, 1862, p. 2. Source Gallica.bnf.
[26] Messin Philanthrope [Didier Mory], «   », in Les Hommes girouettes, depuis la création d’Adam jusqu’à présent [...], Paris, Chez Verronnais, 1832, p. 94. Source Gallica.bnf : Ici .
[27] Gaston de Raimes, « Le Tour du vase », in Le Penseur, n° 7, 6 ème année, juillet1906, p. 263. Source Gallica.bnf.
[28] Léo Errera, Recueil d’œuvres de Léo Errera, 1908, p. 211. Source Gallica.bnf.
[29] Jules Mayor, « Caprice », in La Brise. Revue de Littérature, de Sociologie et d’Art, n° 1, Janvier 1920, p. 128. Source Gallica.bnf.
[30] Paul Verlaine, Les Uns et les autres. Comédie en un acte et en vers, Paris, Léon Vanier Librairie-Éditeur, 1891, pp. 18-19. Source Gallica.bnf.
[31] Théodore de Banville, « Galatea », In Poésies nouvelles. Nous tous, décembre 1883 - mars 1884, 1884, p. 125. Source Gallica.bnf.
[32] Grosclaude, « Braconnage », in La Lanterne. Supplément Littéraire, n° 348, 12 janvier 1890, p. 3. Source Gallica.bnf.
[33] Émile La Rivière, « Le jeu du volant », in Églantines et chrysanthèmes, Paris, Librairie Centrale, 1866, pp. 149-150. Source Gallica.bnf.
[34] « Origine du Jeu du volant », in Mercure de France. Dédié au Roy, novembre 1756, Paris, pp. 39-41. Disponible sur Gallica.bnf.
[35] « Théâtre de Saumur », In Le Guignol. Journal-programme du théâtre de Saumur, 15 novembre 1866, p. 1. Source Gallica.bnf.
[36] Fagus, « Déchirements », in La Guirlande à l’épousée. Poème, Amiens, Edgar Malfère, 1921, p. 41. Source Gallica.bnf.
[37] Jacques Yvel, Demi-femme. Roman moderne, Paris, Librairie des Romans choisis, 1918, p. 49. Disponible sur Gallica.bnf : Ici .
[38] Charles Coran, « Ninon », Poésies, tome 2, 1884, pp. 69-70. Source Gallica.bnf.
[39] Guillaume Colletet [1596-1659], « Le jeu du volant. Sonnet 75 », Poésies diverses de Monsieur Colletet, contenant des sujets héroïques, des passions amoureuses. Et d’autres matières burlesques et enjouées , Paris, Chez Louis Chamhoudry, 1656, p. 219. Source Gallica.bnf.
[40] Jean de Verval, « Sous le fluide sympathique » [1902], in La Lecture Française, 25 novembre 1909, p. 197. Source Gallica.bnf.
[41] Émile Augier, Gabrielle. Comédie en 5 actes et en vers, Paris, Michel Lévy Frères, 1850, p. 64. Source Gallica.bnf.
[42] Henry Gréville, La Seconde mère, Paris, Plon, 1888, p. 217. Source Gallica.bnf.
[43] Claudius Popelin, « Le volant », in Un Livre de sonnets, Paris, G. Charpentier et Cie Éditeurs, 1888, p. 120. Source Gallica.bnf.
[44] Aimé Giron, « Ma bien-aimée. — Satire », in Les Amours étranges. Poésies, Paris, Michel Lévy Frères, 1864, p. 112. Source Gallica.bnf.
[45] Victor Hugo, « Sommation irrespectueuse », in Les chansons des rues et des bois, Paris, Librairie Internationale, 1865, p. 246. Source Gallica.bnf.
[46] Claudius Popelin, Poésies complètes, « Histoire d'avant-hier », Paris, G. Charpentier et Cie Éditeurs, 1889, p. 147. Disponible sur Gallica.bnf : Ici .
[47] Weill Alexandre, Mes poésies d'amour et jeunesse, « Plus d'amour ! », Paris, Chez Sauvaitre, 1889, p. 100. Source Gallica.bnf.
[48] Édouard Hardy, Le Roman d’un jeune homme riche, avec déductions philosophiques et morales, 1861, p. 121 : « Oh ! combien je souffre d’être réduite à un pareil aveu de dégradation ! Pourquoi dans des temps plus prospères avez-vous recherché mon intimité ? Vous m’avez appris les secrets du cœur et ses points vulnérables, à moi qui ai joué avec ce cœur comme un jeune enfant joue avec le volant que le moindre souffle écarte de sa raquette. » Source Gallica.bnf.
[49] St-Edmé, « Première Philippique », in Journal des Dames et des Modes, 31 juillet 1820, n° 42, 24ème année, p. 334. Disponible sur Gallica.bnf : Ici.
[50] Raymond Aîné, « Du peu que j’ai, ma foi je suis content », in Les Enfants du caveau, n° 1, 1er janvier 1834, Paris, p. 48. Source Gallica.bnf.
[51] Gallemant de Marennes, « L'Illusion », in Les Enfans du Caveau, n°1, Paris, 1834, p. 64. Disponible sur Gallica.bnf : Ici .
[52] Charles de Bussy, « Les Entêtés », in Pages de gloire. Lectures illustrées, 12 août 1917, p. 9. Mais finalement personne n’aura l’occasion de conquérir « l’exquise créature » qui, renversée par un âne récalcitrant, finit le crâne broyé sous les « coups de [la] dure mâchoire » de l’entêté bourricot… Source Gallica.bnf.
[53] Appelées ainsi car logeant majoritairement dans le quartier de Notre-Dame-de-Lorette. Elles sont des « météores à mille feux dont aucun calcul ne peut prédire la marche ni les révolutions ». Maurice Alhoy, Physiologie de la Lorette, 1841, Paris, Aubert et Cie, p. 8 et 127. Source Gallica.bnf.
[54] Voir le journal qui leur est consacré : Paris qui rit. Écho de la France gauloise. Journal du joyeux viveur, 1892-1893. Source Gallica.bnf.
[55] Auguste Ricard, « Le viveur », in Œuvres complètes, Tome 1, 1839-1841, p. 118. Source Gallica.bnf.
[56] G. Haspard, « Silhouette », in La Gazette de Mostaganem. Journal Littéraire, 24 juin 1939. Source Gallica.bnf.
[57] Ernest Mallebay, « Lisette », in Annales Africaines. Revue Politique et Littéraire de l'Afrique du Nord , 8 février 1924, pp. 92-94. Disponible sur Gallica.bnf : Ici .
[58] Charles de Bussy, « À une coquette », In Le Pays Comtois, Revue bi-mensuelle, 1er janvier 1900, Besançon, p. 563. Source Gallica.bnf.
[59] « Pensées et réflexions entre penseurs », in Le Furet Nîmois, n° 225, 5ème année, 15 septembre 1883, p. 2. Source Gallica.bnf.
[60] Émile Deschamps, in Paul Juillerat, Les Solitudes, Paris, Charles Gosselin, 1861, 2ème édition, p. 206. Source Gallica.bnf : Ici .
[61] Charles Brainne, « Ce qui me plaît en vous. A Madame D. C. », mai 1846, in Premières armes, Paris, Garnier Éditeur, 1847, pp. 73-74. Source Gallica.bnf.
[62] Junius [Alfred Delvau et Alphonse Duchesne], Lettres de Junius, Paris, E. Dentu Éditeur, 1862, p. 146. Source Gallica.bnf.
[63] Cf. M. Masud R. Khan, « La tendresse cannibalique dans la sensualité non génitale », in Nouvelle Revue de Psychanalyse, n°6 (« Destins du cannibalisme »), Paris, Gallimard, 1972, p. 161.
[64] Édouard Dangin, « Nocturne », Le Tintamarre. Critique de la réclame, satire des puffistes, 24 janvier 1864, p. 4. Source Gallica.bnf.
[65] Anthony Trollope, « La ferme d’Orley », in Revue Nationale et Étrangère, Politique, Scientifique et Littéraire , Tome 22, Paris, août 1865, p. 452. Source Gallica.bnf.
[66] Dans la mythologie grecque, la belle Philis (ou Phyllis), fille du Roi de Thrace, se pendit de chagrin après avoir été abandonnée par son amant qui, pourtant, lui avait juré un amour éternel.
[67] Alcidon, « A Mademoiselle D. S. C. », in Extraordinaire du Mercure Galant, Tome III, juillet 1678, Paris, pp. 20-23. Source Gallica.bnf.

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