«Heath Robinson contraption», ou les «dingueries» d’un so British artiste
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Cette bien étrange élucubration (datée de 1942) pour continuer de jouer au badminton après 70 ans est l’œuvre du dessinateur, illustrateur, et artiste anglais William Heath Robinson, qui, du début du XXème siècle jusqu’à sa disparition (en 1944), égaya le quotidien des Britanniques en dessinant, notamment, une foultitude de machines élaborées, aussi abracadabrantes qu’astucieusement fantaisistes. Des montages bidouillés, complexes et bancals, pour, au final, atteindre des objectifs simples. Comme se réveiller à coup sûr aux premiers rayons du soleil :
Ses dessins à l’humour so British (pimentés d’une bonne louche de nonsense, alliant autodérision et loufoquerie) alimentèrent nombre de magazines populaires de l’époque (principalement The Sketch, The Tatler, The Bystander et The Illustrated Sporting and Dramatic News).
Durant la Première et la Seconde Guerre mondiale, ses élucubrations, mêlant satire et absurde avec finesse et humour, apportèrent quelques réconforts aux Tommies engagés sur le front. Comme, en 1939, ces chars équipés de filets (Netting tanks), conçus «pour faire face à une menace imminente» !
«'Netting tanks’ for dealing with a threatened menace on the Western Front»
(«”Chars avec filets” pour faire face à une menace imminente sur le front Occidental»)
Health Robinson, The Sketch, 20 décembre 1939
Décrit comme un Gentleman timide, modeste et doux, aimant la vie de famille, Heath Robinson est particulièrement connu pour ses élaborations d’appareils mécaniques alambiqués et autres dispositifs bizarroïdes. Cette propension à échafauder et bidouiller des mécaniques, certes astucieuses mais d’une totale inutilité, lui valut d’être surnommé The Gadget King.
Des machines compliquées et délirantes (à la logique labyrinthique), des «absurdités» qui, selon certains commentateurs, métaphoriseraient les méandres kafkaïens de la bureaucratie britannique.
Health Robinson,1935
(«Un appareil intéressant et élégant conçu pour surmonter
une fois pour toutes les difficultés de transport des petits pois jusqu’à la bouche»)
Heath Robinson contraption
Cette (ré)jouissance à produire des installations bricolées, ridiculement compliquées et biscornues, constituées de rouages, de bouts de ficelles et d’équilibres précaires, a valu à Heath Robinson d’entrer dans le vocabulaire national comme synonyme d'inventions excentriques et de solutions improvisées boiteuses.
Son nom est désormais avancé «pour décrire un dispositif inutilement complexe et invraisemblable» (1ère utilisation dans Oxford English Dictionary de 1917).
L’expression «Heath Robinson contraption» (ou bidule d’Heath Robinson) désigne le plus souvent «des solutions temporaires faisant appel à l’ingéniosité et aux moyens du bord.»
Et, «it’s all a bit Heath Robinson» («Tout cela fait un peu Heath Robinson») est également utilisé pour décrire une mécanique précaire (dont la stabilité laisse à désirer) ou un appareillage inutilement complexe (à l’efficacité plus que douteuse).
«One Eyed Badminton for the over seventies » n’est pas la seule illustration de Heath Robinson prenant le badminton comme objet de bouffonnerie. Quelques trente ans plus tôt, Robinson s’était déjà inspiré du badminton pour imaginer un jeu «pour couples sur le point de se fiancer», sous le titre énigmatique, et quelque peu déconcertant, de Chivying the spondule ! (article à venir)
Le gentiment frapadingue réalisa également plusieurs planches humoristiques sur un sport cousin, le tennis. Proposant notamment une adaptation du lawn tennis (tennis sur pelouse) pour le middle-aged, ainsi qu’une partie délirante de «Fish Tennis».
Un thrilling water game qui n’est pas sans rappeler le tout aussi excitant Water badminton. Une accommodation du badminton à l’élément liquide dont on trouve les premières traces, en 1934, en Californie (du côté de Pasadena, alors pratiquée par de «jolies filles»). Puis relancée en 2011, sur la côte Landaise (du côté d’Hossegor), dans des private pools, par une bande de joyeux badistes aquaphiles. Exclusivement des mâles, regroupés dans l’éphémère Association : «Soif de jouer» ! Cette rafraîchissante version (qui semble s’être évaporée en 2019) du badminton ordinaire, pratiqué au sec, est à découvrir dans «Water Badminton, sport méconnu où l'on mouille le maillot».
Notons que, dans une série intitulée «Little games for the Holidays», Heath Robinson avait aussi mis en scène un jeu sorti de son fertile cerveau : «Bouncing the Beecham» (The Sketch du 10 août 1910,), où les joueurs, armés de filets à papillon, tentent de s’emparer d’une petite balle (ou beecham) propulsée en l’air par une catapulte rudimentaire, actionnée d'un coup de maillet. L’invention a priori saugrenue connu un tel succès que des lecteurs du Sketch lui donnèrent vie et que les 25ème et 40ème Compagnies des Royal Engineers, alors stationnées à Hong-Kong, en disputèrent une pittoresque partie, sous la direction d’un arbitre et d’un juge-arbitre ! (voir documents ci-dessous).
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Il est vrai que nos voisins britanniques aiment bien se distinguer par des excentricités conviviales bon enfant, au premier abord loufoques... Dans les années 2015, par exemple (pour ce qui concerne – le badminton), une bande d’English copains, disposant de maisons de campagne dans l’arrière-pays français, créèrent, pour le fun (et faire découvrir leur nouvelles acquisitions – les parties donnant lieu à la diffusion de vidéos sur Internet), des parcours de Golfington : un inattendu mélange de golf et de badminton, avec un zeste de Goldfinger (en hommage à Sean Connery, alias 007). Les raquettes faisant office de clubs et les volants de balles – les «trous» étant constitués par des anfractuosités naturelles (une souche d’arbre évasée) ou pas, comme la vasque d’une fontaine, un lavabo, ou encore le coffre d’une Renault 4L (ouvert)… plus souvent de simples cerceaux disposés au sol tout au long du parcours. Une activité buissonnière ubuesque, qui aurait certainement enthousiasmé Health Robinson, à laquelle Sir Frederick a consacré un article : «Golfington, why not» !
Sources :
Heath Robinson Museum
«W. Heath Robinson», Wikipedia. The Free Encyclopedia
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