Félix Lacroix, 6 ans, joueur de volant
Ce délicat portrait d'un jeune joueur de Volant, a été réalisé en «l'an 1813» par «son père», comme mentionné au verso de cette huile sur toile. Un peintre amateur (et attentionné) qui d'évidence ne manquait pas de talent !
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Félix était alors un aimable garçonnet de 6 ans dont un des divertissements favoris était manifestement le jeu du volant. Un jeu d'adresse alors très répandu, pouvant se jouer en solitaire (jonglages) et le plus souvent en s'appliquant à multiplier les échanges avec un ou une partenaire. En 1822, dans son ouvrage sur Les jeux des jeunes Garçons, Armand-Gouffé observait ainsi que «le Volant […] est adopté par-tout, et [...] il n’y a guère de maisons où l’on ne trouve des raquettes et un Volant» (p. 44).
Pour ce portrait-souvenir, Félix a revêtu un uniforme dit «de fantaisie» à la hongroise (ou de hussard). Un habit élégant qui indique son appartenance à une classe sociale aisée, haute bourgeoisie, aristocratie, voire petite noblesse.
«La tradition d'Ancien Régime d'habiller les garçonnets dans des uniformes de fantaisie», écrit Viviane Le Houedec, se poursuit au XIXème siècle en s'étendant aux classes aisées. «À partir de 1804 et jusque dans les années 1820, on adapte pour les garçonnets les uniformes militaires d'apparat des soldats». (Cf. «Les uniformes de fantaisie pour les enfants», blog «Les Petites mains. Histoire de mode enfantine», octobre 2014).
Il est amusant d'observer que, quasiment à la même date (en 1810), un costume similaire (une veste Dolman à brandebourgs) figure dans la revue Modes de Paris, portée par un jeune «mannequin» représenté, lui aussi, avec un volant ! (voir «Le Volant : un jeu à la mode de chez nous !»).
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Vers 1810 – Modes de Paris. Costume d'enfant – n° 1
(Casquette en Feutre. Veste, Gilet et Pantalon en Drap.)
Une raquette et un volant de belle facture :
Coincée sous le bras (à la manière d'un adulte posant avec une cravache ou une trique... deux autres instruments – virils –, pouvant frapper), Félix tient une raquette de qualité dont le manche est recouvert d'une bandelette, sans doute, de cuir, enroulée. Un «grip» soigneusement posé, de manière uniforme et régulière, pour une bonne prise en main ! Les enfants du peuple jouaient, eux, avec des raquettes plus grossières.
C'est une raquette cordée, au tamis très certainement constitué de cordes à boyaux, confectionnées avec «art» par un boyaudier (voir à ce sujet «Cordes à raquettes», in L'Art du boyaudier. Mémoire rédigé en 1822 par Antoine-Germain Labarraque, passage reproduit dans «Comment raccommoder soi-même ses raquettes»).
Le bouchon du volant est très certainement formé d'un «petit morceau de liège en forme de cône obtus [recouvert] par-dessous d’un morceau de velours ou d’autres étoffes, [percé] en-dessus d’une douzaine de petits trous, dans lesquels on dispose en calice, un pareil nombre de plumes uniformes», comme l'expliquait en 1803, Jean-Augustin Amar du Rivier dans La Gymnastique de la jeunesse (p. 156). Le velours qui enserre et protège le liège est fixé à l'aide de petites bandes de laine ou de tissus cousues.
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Un volant similaire, approximativement daté de la même époque, est exposé au Badminton Museum (de Milton Keynes, Angleterre). Il comporte pas moins de 26 plumes impeccablement conservées d'un superbe rose fuchsia. Sa taille est de 125mm (soit environ deux fois celle d'un volant contemporain), pour un poids de 14gr (cf. «Purple Battledore Shuttlecock»).
Notre joueur de Volant avait une sœur d'un an son aînée, Stéphanie (un prénom rare, qui fait sa timide apparition au tournant du XIXème siècle). Félix était également un prénom semble-t-il peu usité. Deux prénoms sortant de l'ordinaire, choisis par leurs parents pour les singulariser ? Preuve de l'attention et de l'amour croissant des classes aisées portés à leurs enfants, devenus des sujets à part entière dont on se soucie de la formation et du bien-être.
L'exquise Stéphanie a été également peinte par son père, deux ans plus tard, en 1815, alors qu'elle avait 9 ans (des précisions mentionnées au dos du tableau, qui indiquent le désir de fixer et conserver un souvenir du temps passé) :
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On peut imaginer que, durant leur petite enfance, Félix et sa «grande» sœur disputèrent des parties de volant dans le parc où le «jardin particulier» de la demeure familiale, s'évertuant à maintenir en l'air le plus longtemps possible le «bel emplumé», «sans le laisser tomber», comptant le nombre d'échanges réalisés, tout en accompagnant leurs frappes de comptines enfantines...
Pour savoir comment bien jouer au volant, se reporter à «L'art et les manières de jouer au Volant» et à «Pour “bien jouer au volant”»
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