Le Badminton, un vrai sport...
Le déclencheur de cet article a été la découverte d’une affiche inédite, éditée, très certainement début 1934 (ou peu de mois avant), à l’initiative du noyau d’hommes à l’origine de la création de la (première) Fédération Française de Badminton (FFB), le 18 janvier de cette année-là.
Cette publication volontariste, aux couleurs patriotiques, peut être qualifiée d’iconique. Outre d’être (à notre connaissance) la première affiche de badminton éditée, elle est surtout révélatrice d’une prise de conscience et l’amorce d’un combat visant à la reconnaissance d’une activité qui peine à se défaire de représentations désuètes entravant son essor : le badminton ne saurait être considéré comme le gentil « jeu du volant » de nos arrières-grand-mères, une amusette pour petites-filles encore largement pratiquée au début du XXème siècle (voir « Le Volant, un jeu pour les filles »)
L’affirmation « Le Badminton un vrai sport » porte une revendication. Elle énonce une prétention et témoigne d’un désir de légitimation. C’est une affiche résolument combative, tournée vers le devenir d’un sport alors très confidentiel, quasiment inconnu du grand public, en recherche de reconnaissance et d’adhésions. En cela, elle témoigne d’une espérance, mais aussi d’une inquiétude, peut-être même d’une souffrance.
Le badminton est alors (en France) une pratique balbutiante, quasi invisibilisée, qui aspire à être perçue à sa juste valeur (sportive). Aussi, pour tenter de se délester de préjugés, qui freinent sa prise au sérieux et handicapent son développement, ses fervents promoteurs cherchent à substituer aux clichés dépréciatifs qui l'engluent, une vision positive, entraînante, en adéquation avec leur vécu de pratiquants-compétiteurs.
Ce visuel offensif, particulièrement accrocheur, étaye un slogan catégorique (ni exclamatif, ni interrogatif). Il délivre un message limpide qui, pour ses adeptes, relève de l’évidence : « Le Badminton [est] un vrai sport ». Annonce à la fois d’une certitude et manifestation d’un désir d’accéder à un statut alors singulièrement prisé, d'être gratifié, auréolé du qualificatif de sportif. Juste récompense des efforts consentis par les artisans de son épanouissement, tant sur les (quelques) terrains que dans la structuration du jeu, dans sa mise en forme institutionnelle, sa « sportification » (consolidation/fortification).
C’est une affiche publicitaire, persuasive, presque de propagande, qui propulse le badminton au-devant de la scène sportive.
Elle est une incitation à pratiquer, en s’identifiant au personnage central, campé dans une posture et placé dans un décor conçus pour saisir les esprits, enthousiasmer, susciter les ralliements en prenant le contre-pied d’aprioris préjudiciables. Il s’agit d’infirmer, et de battre en brèche, les clichés infantilisants, aussi obsolètes qu’injustes, qui nuisent à l’essor du badminton, en leur substituant une représentation résolument positive, disruptive.
Le fruit d’une passion, d’un amour inconditionnel, pour ce qui deviendra « le bad » :
Cette construction visuelle est d’évidence une commande, mue par un projet « politique », mais aussi animée par une passion qui aujourd’hui, avec la réapparition inattendue de ce « trésor » oublié, de ce « précieux » (comme dirait Gollum), ressurgit patinée de nostalgie.
Elle est la déclaration, l’affichage, d’un amour expansif pour le badminton.
Le philosophe Emanuele Coccia, nous rappelle que tout vestige du passé, toute archive qui mérite d’être conservée et ressurgit (comme ici au détour d’une vente aux enchères [1]), suscitant quelques convoitises, des désirs de possession et d’accaparement, est « de l’amour à l’état fossile ». Tous ces objets historiques (dont cette affiche) « sont de l’amour parce qu’ils ont pu encapsuler dans leur matière tous les efforts, les désirs, les rêves, les aspirations et les attentes que d’innombrables individus ont engagé pour trouver une forme de bonheur à travers leurs mots, leurs pensées, leurs actions […] » [2].
Outre d'être un document historique, cette affiche est une relique, une image à conserver pieusement, preuve intangible de l'apparition glorieuse du badminton en France dans les années 1930 et de la vitalité de ses « apôtres ».
Origine et datation
Si, faute d’indications, il est difficile de dater avec précision et certitude cette affiche (de 64 x 44cm), il y a fort à parier qu’elle ait vu le jour en 1934, à l’initiative de la toute nouvelle Fédération Française de Badminton (fondée le 18 janvier 1934, la FFB sera dissoute en 1941 par le Régime de Vichy. À la Libération, elle sera temporairement inféodée à la Fédération Française de Lawn Tennis (FFLT), comme simple « Commission », avant de renaître en janvier 1979, sous l'acronyme actuel de FFBad).
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18 janvier 1934 La FFB a été créée lors d’une réunion présidée par Pierre Gillou (capitaine de l’équipe de France de tennis de 1927 à 1932, qui durant cette période domina la Coupe Davis), dans les locaux du Racing Club de France (dont il était le Président). Les membres du bureau sont pour la plupart membres du RCF, club multisports fondé en 1882. Ernest Féret qui en devient le premier président était, depuis 1923, trésorier général du Racing. Le champion de tennis, René Lacoste (surnommé Le Crocodile ou L’Alligator, fondateur en 1933 de la célèbre marque au crocodile) est nommé vice-président. Un poste qu’il partage avec Lucien Bléry. Victor Mestre (directeur sportif du Racing et footballeur) est nommé trésorier général (il est « connu » pour avoir, en mai-juin 1940 (sous l’Occupation), enterré dans le Bois de Boulogne la Coupe de France de football, prestigieux trophée en argent que le Racing avait remporté lors de l’édition précédente, afin qu’elle ne soit confisquée par les nazis [3]). Sir John Yeo Thomas (membre fondateur du club de Dieppe, en 1907, et ardent promoteur du badminton en France), occupe le poste de Conseiller Technique (Technical Adviser). Enfin, le siège de la FFB est situé dans les locaux parisiens du Racing (81, rue Ampère) et 9 clubs s’affilient à une fédération qui ne compte sans doute que quelques centaines d’adhérents. Voir ci-dessous, le courrier faisant état de la création de la FFB, adressé par John Yeo Thomas, très certainement, à F. W. Hickson (secrétaire de la Badminton Association de 1927 à 1937 et secrétaire de l’IBF de 1934 à 1937), avec qui il entretenait alors une correspondance épistolaire régulière. |
Lettre de John Yeo Thomas adressée, très certainement, à F. W. Hickson, peu après le 18 janvier 1934. Document communiqué par Pierre Sibert, Responsable archives à la BWF (Badminton Word Federation) à Kuala Lumpur (Malaisie)
Par ailleurs, 1934 coïncide avec l’année de décès de l'artiste, auteur de l'affiche. Pour cette campagne, l’instance commanditaire, s’est en effet adressée à : Maurice Lauro (1878-1934) (bien que peu d’informations le concernant soient disponibles, la date précise de son décès restant introuvable.).
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Maurice Lauro, illustrateur et... affichiste La Gazette Drouot qui, en 2023, annonçait la vente aux enchères d'un (unique ?) exemplaire de l’affiche « Le Badminton un vrai sport » apportait quelques précisions sur le parcours de cet artiste : Lauro a « commencé par la caricature de presse, et s'était fait un nom avant la grande guerre dans Le Rire, comme Le Journal, Le Pêle-Mêle ou L'Almanach Vermot (1906-1919), sa plus longue collaboration. Ensuite, les années folles le transcendent et son passage à la mode et à l'affiche est une réussite. C'est ainsi que ses affiches pour Trouville, La Baule, ou Nice (Palais de la Méditerranée) sont des petits chefs d'œuvre, même si ses travaux pour la bière Champigneules ou les Cycles Automoto ne sont pas dépourvus de qualité. » Il a également illustré des magazines spécialisés dans la mode et réalisé plusieurs commandes publicitaires mettant en scène une clientèle jeune, dynamique et branchée : ![]() Illustration de Lauro datée de 1934 et vendue par Bridgeman Images) |
En 1938, l’affiche « Badminton. Un vrai sport » apparaît punaisée au mur d'un vestiaire (très possiblement) du stade de Colombes, sur une photographie publiée dans l’édition du 29 novembre du Miroir des Sports. L’affiche est censée capter l’attention d’un des plus grands footballeurs de tous les temps : Ben Barek. D’origine marocaine, celui qui vient d’être naturalisé et d’intégrer l’équipe de France (réunie à Colombes pour un dernier « petit galop » avant de partir à Naples [4]) « tombe en extase » (dixit la légende journalistique) devant « une affiche de publicité représentant un joueur de badminton » :
Qu’un footballeur aussi brillant que Ben Barek (il sera surnommé La Perle Noire), sans conteste un authentique sportif, soit interpellé et quasiment subjugué par l’image d’un joueur de badminton en pleine action renforce la rhétorique de l’affiche, apportant la preuve que le badminton relève bien du même paradigme sportif.
L’authenticité sportive, revendication vitale dans un espace concurrentiel en expansion
Le badminton n’est pas la seule activité physique compétitive naissante à postuler au titre de « vrai sport ». Nombre de sports aujourd’hui reconnus, issus de pratiques ludiques anciennes, ancrées dans la culture enfantine ou dans des passe-temps traditionnels (voile, canoting, joutes) qui se sportivisent, éprouvent le besoin de s’en démarquer radicalement pour affirmer leur spécificité et leur valeur sportive.
L’expression « un vrai sport » résonne comme une exigence vitale pour des activités qui se sentent piégées par un héritage dépréciatif, une filiation patrimoniale qui nuit à leur implantation et à leur projet de se déployer dans un paysage sportif concurrentiel.
Faire sa place parmi les sports dont la notoriété est déjà assurée, s’imposer face à la diversité de l’offre et/ou s’extraire de l’ombre de disciplines préexistantes, tel est l’enjeu. Un enjeu quasi existentiel. Pour espérer s’implanter durablement, les « nouveaux jeux » doivent se construire un « avenir sportif » et s’y projeter. À l’instar du rugby à treize qui, selon le Docteur Fournié (président du Bordeaux Étudiant Club), en 1935, gagne « progressivement du terrain », ce qui n’est que « justice, car c’est un sport – un vrai sport – athlétique et loyal » promis à détrôner le « rugby orthodoxe » (soit le rugby à XV, alors jugé en perte de vitesse) [5].
Le badminton n’est pas seul à être spontanément assimilé à une simple modification, à une variante, d'un jeu enfantin lui pré-existant et à s'efforcer de se débarrasser d'une représentation handicapante, en affirmant sa dimension sportive
Le désir de rompre définitivement avec ce passif préjudiciable habite plusieurs activités sportives issues de pratiques empruntées au patrimoine ludique enfantin ou qui revivifient des loisirs adultes parfois en déclin. La revendication « sportive » apparaît également dans des pratiques novatrices (comme la gymnastique), tandis que le qualificatif se voit (abusivement) associé à des activités énergiques, demandant du muscle et du souffle.
Ainsi en-va-t-il :
- En 1899, du hockey, un sport « en apparence enfantin, [qui] est un sport merveilleux où le joueur doit déployer des qualités de vitesse, d’adresse, de sang-froid et d’intelligence. Ce n’est pas un jeu de gosses, c’est un vrai sport violent et dangereux.» [6]
- En 1925, du basket, cette « balle au panier» longtemps considérée comme un jeu de demoiselles : « À l’encontre de ceux qui croient que le basket ball est un jeu d’enfant ou de jeunes filles, on peut affirmer qu’il est un véritable sport. […] Il faut, en effet, pour parvenir à bien jouer à la “balle au panier“, des qualités éminemment athlétiques. L’adresse, la vitesse, le souffle et de la puissance sont indispensables au joueur qui prétend à tenir sa place dans une équipe. » [7]
- En 1935, de la voile, « vieux passe-temps archaïque, démodé » qui « pourtant [devient] un vrai sport athlétique, complet, probablement le meilleur des sports pour la santé du corps et de l’esprit» [8] ;
- En 1937, de la joute à la lance, qui ressusciterait : « C’est un vrai sport qui demande du coup d’œil, du sang froid et une indéniable force musculaire» [9].
- En 1937, de la gymnastique, qui peine à se faire une place, « ne connaît pas la grande vogue [et] n’emballe pas la jeunesse, comme le rugby ou le foot», et qui, pourtant, est « un chic. Un vrai sport », comme le conclut J. Barraud au terme de l’article : « Un vrai sport : la gymnastique » paru en 1937 dans Jeunes Équipes [10].
- En 1938, un jeune lecteur du magazine Junior interroge la rubrique Sport de cet illustré pour la jeunesse: « Pourriez-vous me dire si le hand-ball est un vrai sport ou un simple jeu de balle à la main ? » Réponse du journal : « C’est un sport véritable [qui] a eu sa place aux Jeux Olympiques de 1936. » [11]
- En 1942, le hand-ball clamera encore son authenticité sportive, assurant qu’il n’a rien à voir avec un quelconque jeu de gamins. Dans L’Écho des Sports du 9 mai, Georges Pagnoud s’exclame : « Le hand-ball ce n’est pas la “baballe” ni les “bibilles”, c’est un sport authentique et athlétique. […] Les hand-balleurs constituent des “purs entre les purs”.» [12]
- Propos similaire encore, en 1952, concernant le volley-ball qui, « en compétition […] devient un véritable sport qui demande à la fois détente, souplesse, coup d'œil, vitesse, puissance et d'excellents réflexes.» [13]
« Un vrai sport » devient à la fois un fourre-tout, presque un mantra, une formule magique s’étendant à diverses activités auxquelles elle confère une consistance, une aura. Elle est ainsi accolée au canoë, au Jokari (présenté comme de « la pelote basque simplifiée ») [14], mais aussi à la « chasse active », à l’action de « faire les foins » (de manier la faux pour faucher les prés) [15], tout comme au théâtre : « s’essouffler, c’est jouer ! » [16].
Les trois sports de raquettes qui émergent à l’orée du XXème siècle furent tous concernés par ce besoin de légitimation et d’adoubement sportif :
Le « ping-pong » qui peine à se départir du tennis, dont il ne serait qu’une piètre miniaturisation pour appartement (impliquant un moindre effort, une moindre dépense d’énergie), aspira longtemps à se détacher de l’image de plaisant jeu d’agrément aristocratique, de jeu de salon mondain, qu’il était à ses débuts [17]. Il se verra dénigré, jusqu’à être qualifié d’amusement pour « infirmes ou vieillards » !
« Croyez-moi, c’est un sport que ce tennis de table, affirmera en 1932 un journaliste ayant assisté au 6ème Championnat du Monde, organisé à Prague. Osez dire que ce n’est pas fatigant, que ce jeu n’est pas un sport, qu’il ne demande pas de qualités physiques et que l’intrigue n’y règne pas déjà… c’est ne jamais l’avoir pratiqué ou être incapable de l’apprendre. » Le Ping-Pong est un « sport complet et non un divertissement de salon, comme beaucoup se l’imaginaient. […] L’aspect d’une mignonne raquette et de la taille de la balle qui nous servent d’instrument donnent l’impression que, seuls, des enfants sont faits pour les manier. » [18]
« Quant aux profanes, renchérit en 1933 un confrère de La Vie Bordelaise, nous souhaitons qu’ils viennent nombreux, ils découvriront que le gentil divertissement de salon est devenu un véritable sport et que le ping-pong est devenu un véritable tennis de table. » [19]
En 1934, selon François Lassagne (journaliste au magazine Vu), le « ping-pong » commence à se défaire de représentations anachroniques. Il aurait (à la différence du badminton) « déjà conquis ses grades » et ne saurait être ramené à « ce petit jeu à quoi les demoiselles s’amusaient, sur la table de la salle à manger, avec un œuf à la coque et deux cuillères à pot »… [20]
En 1953, un journaliste de Tunis-Soir, sera toujours amené à affirmer que « Le tennis de table est digne de son frère aîné [le tennis], il est un sport authentique, exigeant souplesse, vitesse, des réflexes, coup d’œil, souffle, sang-froid… » [21].
Le tennis lui-même, le tennis tel que le pratiquent les tennismen, pâtit de représentations le réduisant à un banal jeu d’échanges convenus, renvoyant à un temps révolu, celui de ses prémices, où il « s’apparentait davantage au jeu de grâces ou du volant qu’à tout exercice athlétique ». Il y a désormais « tennis et tennis », soit d’un côté le « tennis tel qu’on le joue encore en famille » et un tennis « qui exige autant d’endurance que d’adresse, autant de souffle que de détente et de spontanéité », qui lui est « un véritable sport » ! Un sport d’une grande intensité qui épuise les corps jusque, parfois, à l’évanouissement ou la « crise de nerfs ». Une excitation (certes, ici, toute féminine) qui ne saurait être confondue avec « les vapeurs de nos aïeules » ! Les énervements (d’une Suzanne Lenglen), sont provoqués par l’intensité de la lutte sportive, elles résultent des tensions induites par l’acharnement mis à vaincre, et ne sont nullement des réactions émotives aussi exagérées que factices (telles que décrites par les médecins dissertant sur la-dite l’hystérie féminine).
Le constat est ancien. Il était formulé dès 1893 par Dougerthy dans Les Sports Athlétiques : « Les vrais joueurs [sont] ceux qui font une distinction bien marquée entre le jeu de Tennis et le jeu de volant. »[22]
Observation similaire en 1909, dans la revue Le Plein Air : « Pour beaucoup de gens le Lawn-tennis n’est pas considéré comme un sport. C’est pense-t-on, un jeu fort agréable […], prétexte à d’aimables réunions entre jeunes gens et jeunes filles qui s’amusent à se lancer une balle par-dessus un filet. […] Beaucoup de gens [ne font] point de différence entre une partie de volant et un match de lawn-tennis. » Or, pratiqué par des champions anglais qui « incarnent le Lawn-Tennis sportif [il] est un sport véritablement athlétique demandant d’extraordinaires qualités d’endurance, de sang-froid, de souplesse et d’énergie. » [23]
Le badminton, quant à lui, apparaît au mieux comme un « divertissement de salon » (ce qu’il était, en partie, à ses débuts), un sport de faiblards, voire un sport d’estaminet.
Cette dernière allusion moqueuse figure, en octobre 1934 (neuf mois après la création de la FFB), dans Le Progrès de la Somme pour qui le badminton ne saurait prétendre à être un sport, malgré sa pseudo-dénomination anglaise. C’est du moins l’avis du chroniqueur (il signe «Le M’est-a vis») qui a assisté à Amiens à une démonstration d’un « nouveau jeu qui se pique d’être un sport depuis qu’il a pris un pseudonyme anglais et qui offre l’avantage aux yeux des sportifs de complexion fragile de n’exiger que des efforts modérés.» Ce badminton qui se targue d’être totalement nouveau n’est pour lui qu’une reprise éhontée, une anglicisation, voire une singerie, du jeu du volant. « Les lanceurs de sports nouveaux ne se donnent plus la peine d’innover. Ils ressassent, rabâchent, rebattent et radotent. »
Aussi le dit-badminton ne devrait-il pas tarder « à devenir à son tour, éventualité souriante ! un sport d’estaminet », pour le plus grand plaisir des Limonadiers… [24](Avant la Première Guerre mondiale, estaminet désignait, principalement dans le Nord de la France, un petit café populaire où les ouvriers pouvaient boire un verre et fumer. Le terme est ici employé de manière péjorative et dépréciative).
Le 20 février 1933, L’Intransigeant interrogeait : «Voulez-vous jouer au badminton ?» Pour son auteur qui venait d’assister à une démonstration au Sporting Club de Paris : « C’est, en somme, le jeu de volant, délices de nos premiers ans, perfectionné à la limite du possible. » (le badminton était alors souvent présenté par ses promoteurs comme un « jeu de volant scientifique » [25]). Avant d’insister sur le mélange de «finesse» et de «force» que combine un sport qui, étonnamment, démontre que les femmes sont également capables de jouer à la volée : « Le plus curieux fut de voir des joueuses s’évertuer, non sans éclat, en ce jeu de volée qui, au tennis, n’est pas précisément un exercice féminin. » [26]
En 1952, le badminton occuperait, selon Paul Guth du Figaro Littéraire, une position intermédiaire dans les sports de raquettes : « Le tennis est le jeu des hommes, le badminton celui des oiseaux, le ping-pong celui des puces. En somme […], le badminton est à mi-chemin entre le tennis et le ping-pong. » [27]
Construire et imposer une autre image, bousculer les clichés désobligeants
Il importait donc de donner une image compétitive du badminton, de substituer aux pesantes représentations désuètes et déformantes, la réalité d’un vécu (fougueux), en mettant l’accent sur la dimension spectaculaire du jeu, sur sa virtuosité.
Le badminton n’est pas « un sport pour personnes délicates », comme le donne à croire « la petite raquette de badminton et les volants » [28]. Il ne saurait être considéré comme un jeu d’enfant, une amusette pour « fillettes ». Un cliché dépréciatif, presque humiliant, hérité de la filiation entre le badminton et le traditionnel et suranné « jeu du volant » de « nos grand’mères ». Parenté certes avérée, mais cousinage qui handicape lourdement la reconnaissance et l’implantation d’un sport en gestation, en le disqualifiant. Une déconsidération qui ne va pas sans susciter quelques moqueries, accompagnées d’une dose de mépris et de rejet, ou tout au moins détournant d’une activité d’emblée jugée futile. Un discrédit qui (sans doute) irritait ses partisans, bien que les quelques journalistes qui se firent l’écho de démonstrations auxquelles ils avaient assisté s’empressaient d’en souligner la surprenante célérité et la densité athlétique.
En 1933, le journal sportif L’Auto-Vélo, rappelait ce rapprochement de « sport qui rappelle de très près le jeu de volant de nos grand’mères », avant de s’employer à corriger une perception aussi injuste qu’erronée, expliquant en quoi le badminton méritait d’être considéré comme « un vrai sport » (à l’instar du tennis qu’il surpasserait même par « l’extrême rapidité des échanges ») : « N’allez pas croire que ce soit un simple divertissement pour enfants ou jeune gens : le badminton est un vrai sport faisant appel aux mêmes qualités que le tennis, demandant les mêmes efforts athlétiques, permettant d’atteindre une même virtuosité mais demandant encore de meilleurs réflexes et une plus grande rapidité d’action. » [29]
Cette mise en cause d’une hiérarchie établie, cette concurrence (corrélée à un risque d’empiètement territorial, insupportable pour les instances tennistiques) est quasiment un crime de lèse-majesté, le tennis occupant alors une position hégémonique, voire despotique.
À l’instar du jeu de paume, dont il est « un descendant direct » (une filiation historiquement prouvée, et dont il se prévaut), le tennis est, en 1932, présenté par l’un de ses laudateurs comme le « roi des sports et sport des rois » [30].
La prééminence est ancienne. Dans les milieux aristocratiques, le tennis fait figure de « roi des sports » [31] qui, dès sa naissance, aurait cannibalisé deux autres divertissements alors en vogue dans la haute société anglo-saxonne : le badminton et le croquet, étouffant littéralement leur développement. En 1898, selon un journaliste de La France Illustrée, le Lawn-tennis (tennis sur gazon) aurait acquis « une énorme et rapide popularité. Son enfance fut, comme celle d’Hercule, d’une vigueur ordinaire, dans son berceau il étrangla le Badminton et le Croquet aussi facilement que le héros grec étrangla les serpents de Junon » [32] !
Le rédacteur de l’article s’inspire et reformule un passage du chapitre consacré au Lawn-Tennis, paru en 1890 et rédigé par Heathcote dans Tennis, Lawn-Tennis, Rackets and Fives : « But for all practical purposes it may be said that the epoch of lawn tennis dates from no more distant a period than 1874, […] so that, as compared with almost all other sports or games practised in England, it is still in its infancy. This infancy, however, was, like that of Hercules, one of extraordinary vigour. While still in the cradle it strangled the rival games of […] Badminton, and afterwards extinguished croquet as easily as the Greek hero crushed the Erymanthian boar.” [33]
En 1934, cette répulsion, ce « mouvement de dédain », face au badminton : ce « jeu de volant comme celui de nos grand-mères […] et auquel se livrent les petites filles dans les préaux des écoles », est identifié (le 27 avril) par un journaliste du quotidien de l’Ouest, Le Petite Courrier, qui vient « d’assister […] à quelques assauts du “Badminton” un sport actuellement en vogue à Paris et qui ne manquera pas de se développer en province ».
Pour l’auteur de l’article, dont le titre « Le Badminton ? » interpelle le lecteur (et qui a très certainement croisé l’affiche de Lauro), il ne fait aucun de doute que « le Badminton est un vrai sport ». Un sport « au moins aussi rapide que le lawn-tennis, [qui] demande la même rapidité de coup d’œil, la même précision d’exécution des coups et permet les mêmes finesses. Un sport qui serait même antérieur, de quelques années, au lawn-tennis « dont il est l’ainé ». Aussi est-il « d’ailleurs probable que tous les deux sont d’origine française » ! Alléguant pour preuve que, vers 1870, « le lawn-tennis se jouait au-dessus d’un filet » d’une hauteur identique à celle du badminton (« 1m. 524 ») [34] :
Cette surprenante assertion n’est pas tout à fait fausse, puisqu’à ses débuts, le lawn tennis ou « paume sur pelouse », inventé par le major Wingfield s’inspirant de la courte-paume (et qu’il avait nommé sphairistike), se jouait sur un terrain avec « un filet plus haut que le lawn-tennis actuel » [35].
En avril 1935, après avoir été invité aux Internationaux de France de Badminton, et avoir assisté à une finale « fulgurante soulevant les applaudissements de trois cents spectateurs », le correspondant du journal Paris Midi est « obligé de convenir que le Badminton est un sport, un véritable sport qui exige des qualités de résistance, de souplesse et de réflexes de premier ordre ». Mais, il est aussi un « beau sport » où « la jolie Mrs Uber […] a remporté magistralement et avec grâce le championnat » [36].
En 1937, le quotidien Paris-Midi publie une article intitulé « L'utile leçon de Badminton » où son rédacteur, Jean Augustin, souligne les étonnantes qualités athlétiques des joueurs de badminton, sans doute croisés lors des finales d'un tournoi organisé à l'occasion de l'Exposition Universelle d'octobre 1937 à Paris (bien que cela ne soit pas précisé). L'un de ses confrères, le journaliste Daniel Lenief, féru de sports, notamment de boxe (mais aussi de naturisme), fut ainsi «surpris de constater en regardant jouer [le champion irlandais, Ian] Maconachie, premier "badmintoman" [sic] du monde, qu'un tel athlète de deux mètres, pesant plus de 90 kilos s'adonne à ce sport...». Qu'un géant, qu'un solide gaillard, taillé pour des sports autrement plus virils, puisse se saisir d'instruments aussi légers interpelle : « Il est certain, poursuit Jean Augustin, qu'il est typique de constater qu'un garçon parfaitement taillé pour le catch ou pour le rugby, soit seulement armé d'une raquette ne pesant que quelques grammes pour frapper sur un volant léger comme la fumée d'une cigarette..» Rien d'étonnant que ce colosse, « grâce à sa puissance, [ait] aisément écrasé tous ceux qui sont venus l'attaquer dans son royaume » !
(À noter, dans cet article l'apparition du terme badmintoman – avec, peut-être, une erreur du linotypiste qui aurait omis un «n», le terme badmintonman, que l'on retrouve par ailleurs dans au moins un autre document de la même époque, semblant plus approprié... Quoi qu'il en soit, en se construisant sur le modèle de tennisman, le substantif – qui finalement ne connaîtra pas un grand succès – est un signe reconnaissant la valeur tout aussi sportive et distinctive que celle alors attribuée au tennis.)
En 1938,, l’expression « un vrai sport » accompagne la promotion du badminton. On la retrouve ainsi, en 1938, dans une publicité pour salle de Culture physique mettant gratuitement à la disposition de ses adhérents un « court de badminton (un vrai sport) » :
L’affirmation « un vrai sport » est significative d’un désir et d’une prétention, être reconnu comme un sport à part entière. Cette recherche de légitimité passe par la mise à distance d’une représentation qui, en prêtant à sourire, détourne d’une pratique sportive du badminton : celle d’un amusement enfantin vieillot, « pas super-viril », réservé aux demoiselles et aux flemmards. Une nuisance qui contrarie l’accès à une crédibilité, à une dignité, qui ne serait que justice. Étiquette fâcheuse qui, encore aujourd’hui, colle aux basques du badminton, certes sur le ton de la plaisanterie (non dépourvue d’un zeste de moquerie). Mais reflet d’une représentation toujours prégnante, récemment reprise dans toute sa funeste quintessence par Le Gorafi (site d’information parodique et satirique, dont le titre est l’anagramme du journal Le Figaro) :
Qu’est-ce qu’un « vrai sport » dans les années trente ?
Quelles sont les caractéristiques, les spécificités, qu’une activité physique doit posséder, pour qu’elle soit considérée comme un « vrai sport ». Quels sont les ingrédients qui lui permettent de fonder cette « arrogance » à revendiquer, se voir conférer et se prévaloir de ce statut honorifique ? Qu’inclut le cahier des charges pour ambitionner ce titre, arborer cette distinction et en tirer fierté ?
Et, corollairement, qu’est-ce qu’un vrai sportif, comment se le représente-t-on, quelles caractéristiques le définissent ? Quelle corporéité, quelle anatomie le caractérise, permet de l’identifier et de soupeser la véracité de son engagement ? De quelles valeurs ces modèles, à envier et à imiter, sont-ils les vitrines ambulantes ?
En 1911, le baron Jean Roissard de Bellet, sportman passionné de golf (il fut vice-Président de l’Union des Golfs de France et sa fille Pauline, la 1ère championne de France) et de tennis (il fut champion de France amateur en 1909 et membre de la commission technique organisatrice des épreuves de tennis aux JO de 1900 – 2ème olympiade) liste les 4 éléments que, selon lui, un exercice physique doit réunir pour prétendre au titre de « sport » : une dose de mise en danger de soi, la notion de combat (« contre un adversaire vivant » ou « contre les forces de la nature »), la « nécessité d’endurance physique et morale » et la capacité à prendre des rapidement des décisions.
Et le baron de conclure sa concise « définition » en soulignant le peu d’exercices répondant à ces critères : « Le nombre de vrais sports est donc restreint » !
Propos similaires, même antiennes, une décennie et une poignée de Jeux Olympiques plus tard, chez un autre baron (lui, promis à la postérité), le Baron Pierre de Coubertin, pour qui le sport « est le culte volontaire et habituel de l'effort musculaire intensif appuyé sur le désir de progrès et pouvant aller jusqu’au risque» [37]. Celui de mettre sa vie en danger, voire d’attenter à celle de son adversaire (en principe symboliquement). Le sportif est un guerrier, un ambitieux, sachant prendre des risques, jusqu’à mettre son intégrité physique en jeu (mais aussi, par ricochet, jusqu'à nuire à l'intégrité corporelle de ses adversaires). Toute pratique sportive se doit d’intégrer une part significative d’efforts et de violence assumée. « Le sport doit être pratiqué avec ardeur, je dirai même avec violence, proclamera-t-il encore en 1922 dans Pédagogie sportive. Le sport, ce n’est pas l’exercice physique bon pour tous à condition d’être sage et modéré ; [...] Il comporte donc la violence, l’excès, l’imprudence [dans] son essence » [38].
Pour le rénovateur des JO, il est « le plaisir des forts ou de ceux qui veulent le devenir » et est prioritairement, si ce n’est exclusivement, une activité qui concerne les hommes mus par la recherche d'un dépassement illimité. Des hommes énergiques, engagés dans la poursuite d’un « toujours plus », sans cesse repoussé, d’un sans-limite jusqu’au-boutiste (toujours plus vite, plus haut, plus fort).
Discours viriliste reprit, en 1943, par Albert Ehm dans Éducation et Culture, où ce « pédagogue » déroule les exigences du « véritable sport » qui ne saurait être seulement considéré, « erreur grave », comme une affaire de muscles, mais plutôt comme la mobilisation de « toutes les forces vitales ». Le sport est une lutte à mort (certes métaphoriquement, bien que nombre de décès, et autres irréversibles traumas, entachent son histoire), aiguillonnée par l’émulation. Il se solde nécessairement par une victoire ou une défaite. C’est donc une activité sérieuse, mixte de réactivité quasi instinctive (« agir devant l’imprévu du combat ») et de cérébralité (pour « déjouer la ruse de l’adversaire ») [39].
La mâle beauté plastique du « vrai sportif »
Le sport devient une question de muscles, disciplinés, dévoués et obéissants. Un sportif doit nécessairement posséder une luxuriance, une exubérance musculaire, disposer d’harmonieuses et efficaces protubérances mues par une (mâle) intelligence. Ce solide édifice, piloté par un cerveau exigeant, intrépide et clairvoyant, est au service d’une détermination inébranlable, focalisée sur la recherche de la victoire ou de la performance.
Si « le tir est un véritable sport », écrit en 1912 le Docter Barret dans ses Conseils du Docteur Sportif, c’est, outre qu’il « exige de très réelles qualités physiques, une volonté tenace, et, dans l’application, une dépense musculaire et cérébrale intense », que le « tireur doit […] posséder une musculature réelle, sinon, au bout de quelque temps, la fatigue déterminerait du tremblement ». Il est donc « nécessaire de posséder un bras solide pour tenir l’arme » [40].
Le sportif apparaît avant tout comme un corps en action qui sait aussi prendre la pose et se laisser contempler. C’est un corps athlétique, façonné par l’effort consenti, par l’application et l’assiduité investie dans la répétition d’exercices musculaires. Ce corps éloquent reflèterait l’incorporation de valeurs hautement morales. Il ferait l’incontestable et flamboyante démonstration, à la fois, de l’authenticité de l’engagement du postulant champion et de la valeur intrinsèquement sportive de l’activité pratiquée, avec tant de conviction, par l'aspirant héros des stades.
Ce corps héroïque (lesté d’érotisme) est, avant tout, un corps mâle qui, par sa plastique, son esthétique et son gabarit hors norme, en impose, impressionne, tout en suscitant des désirs mimétiques, des vocations. C’est un corps exhibitionniste, un corps convoité, porteur d’espoirs de conquêtes (féminines).
Ainsi, le « vrai sport » promeut et diffuse l’idéal du « vrai sportif ».
Un homme « nouveau », « homme moderne », musculairement résistant, physiquement et moralement armé, apte et prêt à tous les combats.
Un homme dont la force, la sincérité de l’engagement, se lit à même la découpe et la densité de sa musculature, de son apollinienne et guerrière stature d’athlète. L’athlète n’est-il pas celui qui se prépare au combat (du grec « athlon » : combat). Lorsqu’il entre dans l’arène sportive, c’est pour se battre avec détermination et jusqu’au-boutisme, aux yeux de tous et toutes ! « L’important dans la vie, écrivait Pierre de Coubertin en 1908, ce n’est point le triomphe, mais le combat. L’essentiel n’est pas d’avoir vaincu, mais de s’être bien battu » [41]. Honte aux fuyards et aux resquilleurs, mais aussi aux faibles, à la race des maladifs. « Pour le timide, le faible, l'indolent, la vie n'est pas tenable : dans cette bousculade de l'existence ceux-là sont refoulés, renversés, piétinés : on les écarte, ils ne sont qu'une entrave », écrivait ainsi en 1887 De Coubertin, et de poursuivre : « Il y a deux races distinctes : celle des hommes au regard franc, à la démarche assurée et celle des maladifs à la mine résignée et humble, à l'air vaincu » [42].
Cette vaillance, cette abnégation, ce hors-limite, transparaît dans l'épaisseur et le sculpté de sa musculature, promue incontestable symbole de virilité et d’intempérance.
En 1934, le basket apportait ainsi la preuve par l’image qu’il est bien un « vrai sport », affichant, en réponse à cette interrogation, la photo d’un jeune basketteur (Étienne Onimus), aux muscles saillants (et à la virilité expansive), posant en maillot de bain (généreusement rempli). L’article prenait le lecteur à témoin : « En effet, peut-on refuser le qualificatif de sport à des exercices physiques qui donnent à l’un de leurs adeptes une telle musculature ? » Que l’on pense (à raison) que le basket est un sport ou qu’on le considère « comme jeu de petites filles », le résultat est bien-là : il a fait d’Étienne « un bien bel athlète » ! [43] Un Apollon des stades, modèle à admirer et à désirer, source d’inspiration et déclencheur de motivations. Un représentant et un recruteur. Un vecteur publicitaire.
Mais être sportif, c’est aussi appartenir à une « aristocratie musculaire » [44], issue d’une aristocratie sociale (comme le complète Raphaël Verchère [45]), une caste guidée par un état d’« esprit chevaleresque » [46]. C’est adhérer aux valeurs et réverbérer les qualités d’une élite, sorte de « chevalerie sportive » [47], bourrée de qualités : « vaillance virile », volontarisme, loyauté, respect et intelligence : « Un homme inintelligent ou simplement lent dans sa compréhension ne deviendra jamais un bon footballeur », dixit De Coubertin.
Comme le souligne Patrick Clastres, Pierre de Coubertin était un « théoricien des élites » animé par « un seul but : produire grâce au sport de nouvelles élites dirigeantes, davantage viriles et conquérantes, mais aussi plus morales et vertueuses » [48].
Car ce qui caractérise (ou doit caractériser) le sport, en ce début de XXème siècle (et faire un sportman ou plutôt un sportsman – engagé dans plusieurs sports), est un mixte d’« effort physique et intellectuel ». Une synthèse qui s’éprouve dans le corps glorieux de l’athlète, morphotype idéal de l’homme nouveau, régénéré, de l’homme fort (domptant ses muscles). Avènement de l’homo sportivus [49], au corps robuste, attestant d’une vaillance et d’une moralité exemplaires [50].
Pour Lucien Petit-Breton (triple vainqueur du Tour de France cycliste), « le sport est l’exercice où la puissance intellectuelle et physique se manifeste sous une forme athlétique », et pour Alfred Leblanc (pionnier de l’aviation), il est, en 1912, « une manifestation physique dans laquelle entre l’effort et que guide l’intelligence » [51].
« Le but et la raison d’être du véritable sport : faire des âmes saines dans des corps robustes (Mens sana in corpore sano) », résume « Jules », en mars 1932, dans la revue L’Esprit Sportif, pour qui le sportif est aussi un homme qui entreprend, un homme d’action, faisant preuve du même état d’esprit combatif, de hardiesse, d’énergie et d’initiative, tant « Sur le terrain » que… « dans les affaires » (comme l'illustre l'en-tête de cette revue) :
Aussi pour De Coubertin, ce « siècle actif » ne peut se contenter du compassé et « pauvre vieux Men Sana », formule dépassée, porteuse d’un idéal « un peu trop médical pour être proposé aux ambitions des sportsmen […], excellemment hygiénique [mais] nullement athlétique », à reléguer au « Musée des Antiquités ». C’est de ferveur volontariste, conquérante, entreprenariale, aventurière, dont le siècle (colonisateur) a besoin. Aussi laissant cette formule de « médiocrité et d’inertie » aux hygiénistes, forgea-t-il celle plus résolument combative du « Mens fervida in corpore lacertoso » (« un esprit ardent dans un corps entraîné »). Ainsi, « Messieurs les athlètes […] auront un équilibre bien plus joli à maintenir entre l’ardeur pétulante de l’esprit et la souplesse audacieuse du corps. Ce sera presque de l’aéroplane. On en tombe, on s’y tue même mais la fin est glorieuse et, sur les ailes de ce biplan-là, ceux qui ne tombent pas ont chance d’atteindre peut-être les plus hauts sommets du parfait olympisme. » [52]
Dès lors, si en 1932, le Ping-Pong apparaît au rédacteur de la revue Eau, Sport, Soleil, comme « un véritable sport. [C’est qu’] il faut, pour bien le pratiquer, un entraînement sérieux et des qualités athlétiques et morales certaines. » [53]
Le sport est à cette époque « amateur », ou plutôt il est l’affaire de « gentlemen-amateurs ». Une essence aristocratique qui le conduit à privilégier « l’élégance du mouvement et le raffinement de la technique », comme l’observe Georges Vigarello [54]. Le véritable sportman recherche le style, le beau geste, alliage d’efficacité et d’esthétique, nimbée de fair-play.
C’est un corps policé, mais assurément à l’aise. Un corps « vêtu de civilisation […] empreint de politesse et de dignité, sans raideur jusque dans le moindre geste » ! [55]
L’homme d’action qu’est censé promouvoir le sport est un homme « bien élevé », faisant preuve « de loyauté, de distinction et de politesse » (De Coubertin). Pour Patrick Clastres, il s’agit, grâce au sport, de produire « de nouvelles élites dirigeantes, davantage viriles et conquérantes, mais aussi plus morales et vertueuses » [56].
Ainsi, souligne Richard Holt, l’accent est mis sur un « corps masculin mince [et] mobile », vif et gracieux. Un « idéal athlétique » émerge qui « exprimait la nouvelle éthique de la compétition et du mérite, ainsi qu’un idéal esthétique » [57].
Le sportif séduit. C’est un séducteur qui arbore un corps « réunissant les qualités de force et de séduction esthétique » [58]. Ce corps sort de l’ordinaire, il s’extrait « de la masse terriblement vague des autres corps », de ces corps que l’on « traîne piteusement dans la vie », tel un boulet (Jean Giraudoux) [59].
Le sport inclut une dose d’esthétisme, de « recherche de la beauté » [60]. Par sa gestuelle (mais aussi l'allure rayonnante des athlètes, ses porte-drapeaux), qui cultive le « beau et le gracieux » [61], il relève de l’art. Il est un art, un « art du corps ». Combien de chantres tombés sous le charme d’une « plastique animée », d'une « géométrie vivante et magnifique », n’ont-ils pas glorifié la « beauté physique du mouvement » [62] et chanté la « poésie du mouvement » (si chère à De Coubertin).
En avril 1935, après avoir été invité aux Internationaux de France de Badminton, et avoir assisté à une finale « fulgurante soulevant les applaudissements de trois cents spectateurs », le correspondant du journal Paris Midi est « obligé de convenir que le Badminton est un sport, un véritable sport qui exige des qualités de résistance, de souplesse et de réflexes de premier ordre », mais aussi un « beau sport » où « la jolie Mrs Uber […] a remporté magistralement et avec grâce le championnat » [63].
Le badminton un « vrai sport » : La preuve par l’affiche
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Ainsi, la sentence « un vrai sport », déclinée par l’affiche (très certainement) émise par la Fédération Française de Badminton naissante ou antérieurement par ses architectes, se retrouve alentour de 1934, dans différents articles de presse s’intéressant au badminton. Elle résonne comme une formule magique, une incantation, accompagnée de discours quasi sacramentaires sur la dynamique du jeu et ses bénéfices, ou appuyée par des illustrations, comme ici, mettant l’accent sur une gestuelle spécifique, visant à « enchanter » (ou réenchanter) un jeu (de volant) sportivisé. Reprenant en cela nombre d’ingrédients jugés essentiels à la caractérisation d’un « vrai sport ».
Que donne, en effet, à voir cette « publicité », oriflamme tricolore hissé au champ d’honneur du badminton ? :
- Tout d’abord une trichromie cocardière. Le drapeau national dont le badminton se drape participe d’une lutte pour s’imposer en alléguant de sa valeur, de son allégeance et de ses bienfaits patriotiques. Le badminton est un sport qui participe de l’effort pour bâtir une élite conquérante, corporellement et moralement armée.
Bien que de consonance étrangère, le « “badminton”, mauvais non, mais historique », n’exige-t-il pas de « la vitesse et […] de la finesse […] des qualités plus françaises que la force », comme le soulignait François Lassagne dans « Voulez-vous jouer au Badminton ? », article paru la veille de la fondation de la FFB, [64].
Le badminton s’attribue un bonus patriotique.
- Un terrain tracé au cordeau : espace de jeu impeccablement délimité, équipé d’un filet irréprochablement tendu, fixé à un poteau stabilisé par un contre-poids sophistiqué, un matériel adapté spécialement conçu pour la compétition.
Cet espace, que l’on imagine d’intérieur, dans un lieu réservé, différencie nettement le Badminton de l’ersatz de « badminton » pratiqué en plein air avec un « volant de plastic ». C'est du « badminton sportif » qui plus est « français », comme le souligne la publicité proposant des volants « règlementaires » qui suit une présentation de ce « Sport nouveau en France » (publiée 2 mois avant la création de la FFB) :
Les Jeunes, n° 613, 12 novembre 1933, p. 649
Le badminton est « autre chose qu'un simple jeu » [65]. C'est une activité codifiée, réglée, disposant d'un espace dédié, cadré, impeccablement délimité par des tracés.
En 1932, Jean de Lascoulettes écrivait ainsi, dans l'avant-propos de l'ouvrage qu'il consacrait aux Sports, que le sport est une codification des jeux : « Les hommes ont codifié, réglé les jeux, et c'est ainsi qu'est né le sport » [66].
Pour le journaliste François Lassagne, « la preuve que c'est un vrai sport » réside dans l'existence d'un règlement approprié, disposant d'un vocabulaire spécifique :
Le jeu avance ainsi la preuve, par sa mise en ordre réglementaire, de son engagement dans un processus de sportivisation [67] (transformation des jeux en sports) ou plus justement de « sportification » (de fortification, de régulation par l’adoption de règles, formulées et légitimées par des organismes de tutelle, des institutions agréées).
- L’homme comme « vecteur publicitaire » : en faisant le choix de saisir une action de jeu résolument offensive, l’artiste fait le focus sur un corps qui va de l’avant, qui s’engage. Corps saisi dans une posture d’attaque, dominant le terrain de toute son élancée stature. Corps placé en position de force et de supériorité, s’apprêtant à décocher un « projectile » sur un adversaire rapetissé, sur la défensive. Ce faisant, il met l’accent sur la dimension combative, presque belliqueuse du jeu.
Le badminton est un duel entre hommes. Des hommes matures, en pleine force de l’âge. En 1952, le badminton sera encore présenté comme réservé aux « adultes seulement ». Le médecin du Racing Club de France, le docteur Bensoussan, ne le recommandait pas aux « très jeunes gens » ! « Il faut, selon lui, avoir passé la puberté », car le badminton qui « fatigue le cœur […] s’adresse à un organisme déjà formé au sport » [68].
Cette mâle énergie appartient à la bonne société, vêtue (comme en tennis) d’une chemise légère à manches courtes, d’un « pantalon de coutil ou de flanelle, serré à la taille par une ceinture de cuir souple ou de caoutchouc » et chaussés « de souliers ou bottines en cuir, avec semelles en caoutchouc. » [69]
Ce corps dynamique, plein d’aisance, n’est pas n’importe quel corps. C’est un corps distingué, élégant, prestigieux, qui a de la classe, du chic. C’est un corps aristocratique, celui d’un gentleman, d’un sportsman, dont le standing vestimentaire emprunte à l’impeccable panoplie du tennisman. De toute évidence le gominé [70] est issu de la bonne société.
L’attitude fringante, bien que combative, nous donne à voir comment les promoteurs du badminton se représentaient l’essence d’un joueur de badminton, mêlant qualités athlétiques et esthétisme. Le sport n’est-il pas un art et le sportif un artiste en action ?
Cette affiche cible d’évidence un public bien particulier, ces autres porteurs de raquettes que sont les tennismen. Des spécialistes qui peuvent se reconnaître à la fois dans cette gestuelle et dans ces « agiles et blanches personnes, aussi souples et rapides […] qu’au tennis », comme l’écrivait François Lassagne le 17 janvier 1934 [71].
Des mordus et spécialistes de la raquette qui devraient être tentés de s’essayer à une activité, souvent proposée comme solution de rechange pour, l’hiver venu, continuer à « s’entretenir la main » (tout en améliorant son smash et son revers) [72]. Un palliatif auquel pouvaient être sensibles les tennismen qui, fréquentant les mêmes espaces (le site de Colombes, où comme vu précédemment cette affiche avait été épinglée, disposait de plusieurs courts de tennis [73]) et qui, croisant cette incitation, seraient tentés de troquer temporairement, ou parallèlement, la balle jaune pour un volant.
Le badminton se présente assurément comme un sport dynamique, incisif, fait de prestances bien françaises. Il s’habille d’une dimension nationale et fait œuvre patriotique.
Toutefois, pour les nécessités de la cause sportive, cette virilisation du badminton laisse de côté les dames, les délaisse (à la différence de l’Angleterre où le jeu s’était immédiatement imposé comme résolument mixte. Voir à ce sujet : « Le Badminton : “A game for Ladies” »). Pour tenter de se désengluer de l’image de jeu efféminé (et populaire), pour ne plus être confondu « avec sa caricature, le ridicule petit jeu de volant » (comme le martèlera encore en 1961, René Pelletier, Président de la Commission Centrale de Badminton), le badminton « sport complet et athlétique » [74] joue la carte de la virilité (aristocratique).
En s’engageant dans cette voie, par nécessité sportive, en se conformant aux valeurs politico-sociales dominantes, aux idéalités du moment, le Badminton français ne s'est-il pas, dans ses discours et ses représentations, construit en se détournant, certes temporairement, des dames (tout en s’éloignant de la conquête des masses) ?
Corps énergiques virevoltants / corps gracieux en figuration
La représentation du badminton comme déclinaison et complexification, du tout aussi populaire qu’aristocratique jeu du volant (dont on trouve les premières traces, en France, vers la fin du XIVème siècle [75], et qui fut progressivement relégué aux demoiselles et aux jeunes enfants), a d’évidence été un facteur qui a longtemps compromis la prise en considération du badminton comme un « vrai sport ». À cette image s’est progressivement substituée, surtout à partir de l’après-guerre, celle, tout aussi réductrice et pesante pour son émancipation, d’un « jeu de camping », à pratiquer l’été sur la plage, ou le week-end entre amis ou en famille, à l’occasion d’une escapade à la campagne (voir à ce sujet : « Le badminton : un sport “à l’usage des dames”, épouses, pin-ups, starlettes et adeptes de naturisme »).
Ainsi, dans les années cinquante, le « badmington » (sic) sera encore présenté comme un jeu « gracieux et facile » qui fait partie des « jeux sportifs pour non sportives », conseillés par le magazine Elle, « l’hebdomadaire de la femme » ! Un « badminton » ludique et récréatif réduit à des échanges convenus (similaires dans leur répétitivité à ceux du jeu du volant) coexista durablement avec le badminton compétitif (sportif), entretenant l'idée que le badminton est un divertissement puéril.
Le badminton est ainsi présenté comme un jeu, somme toute, enfantin, dont les instruments (« petites raquettes » et délicats volants), posés sur l’herbette, font figure de joujoux :
Le « badmintonneur » (terme utilisé en 1933, par le journaliste Guy d’Assonville, pour désigner le tout nouveau champion de France, A. N. Bloch [76]) n’aura de cesse d’ambitionner d’accéder au statut de « véritable sportif », d’homme viril et fougueux, transpirant (avec classe) sous l’effort fourni, mettant notamment en exergue l’époustouflante spectacularité du jeu pour, comme ici (en 1951), démontrer que : « Le badminton n’est pas un jeu de petite fille ». Un leitmotiv, symptôme d’un malaise, d’une affliction (?), régulièrement repris par ses promoteurs : en 1942, la revue Smash publiera « Ce n’est pas un sport de petite fille » [77] et quelques mois plus tard un article de René Mathieu (sous le pseudonyme de Grosgard) : « Pas un jeu de fillettes » [78].
Cet instantané acrobatique du champion Malaisien Eddy Choong, est l'une des figures (re)bondissantes promise à devenir l’une des attractions du badminton, le marqueur de la vivacité d’un sport d’adresse explosif où les jumps « stratosphériques », suivis de smashs « supersoniques », s’enchaînent.
Une intensité tourbillonnante et une agitation fracassante dont se fera l’écho, en 1951, la revue Sports Camping, en conclusion d’un article dissociant, encore une fois, le badminton du puéril jeu du volant : « Peut-être avez-vous joué au “volant” quand vous étiez enfant ? Et, dès lors, vous imaginez-vous que le Badminton est un jeu de petites filles. Soyez détrompé.
De rudes athlètes s’y dépensent sans compter, à condition d’être encore jeunes, et s’en retournent au vestiaire ruisselant de sueur, épuisés, après une courte demi-heure d’action violente et passionnée.
[…] Les bonds de certains champions internationaux, comme les Malais, leur détente, leurs smashes d’une rare puissance et qui confinent à l’acrobatie, feront votre stupéfaction. » [79]
Cette aérienne spécificité toute masculine va, sur les terrains (notamment en mixte), délimiter (et figer) les positions et rôles impartis aux hommes et aux dames, dans un « sport extrêmement “sportif” et dur » [80] :
- Homme-bombardier, pilonnant les positions adverses, prenant (en mixte) pour cible privilégiée la dame, désignée comme le « point faible» du dispositif défensif, promue proie de choix pour les snipers adverses ;
- Dames semi « voutées » (pour éviter les « tirs amis», volants fratricides, décochés de l’arrière), prenant le filet pour se spécialiser dans l’interception.
Une répartition des rôles (homme-Marsupilami déterminé / femme-ballerine gracieuse) dont nous étudierons la genèse et les répercussions dans un texte à venir : « Les femmes au filet ! »
Éléments bibliographiques :
- Clastres Patrick, « Inventer une élite : Pierre de Coubertin et la “chevalerie sportive” », in Revue Française d’Histoire des Idées Politiques, n° 22 (« Les idées élitistes en 1900 », 2005, pp. 51-71. Disponible sur CAIRN.INFO.
- Claverie Éric, « Significations du basket-ball. Entre constances corporelles et variabilité socio-historique », Techniques et Cultures, n° 62 (« Le corps instrument »), 2014, pp. 208-229. Disponible sur OpenEdition.
- Defrance Jacques, « Les définitions du sport et leurs enjeux », in Sociologie du sport, Paris, La Découverte, 2011, chapitre VI, pp. 97-108. Disponible sur CAIRN.INFO.
- Grall Julie, « Sport ou pratique enfantine ? La construction manquée du badminton en tant que “vrai sport” en France dans l’entre-deux-guerres », STAPS, n° 107 (« Nouvelles pratiques, nouvelles valeurs »), Hiver 2015, pp. 75-89.
- Grall Julie, Histoire du badminton en France (fin XIXe siècle – 1979) : Pratiques et représentations, Thèse de doctorat STAPS, Université de Rennes 2, 2018.
- Mosse George, L’Image de l’homme. L’invention de la virilité moderne, 1996, traduction Michèle Hechter, Éditions Abbeville, 1997.
- Pabion Lionel, « La “sportivisation”, un paradigme historiographique au risque de la téléologie », in Noémie Beltramo, Jean Bréhon, Olivier Chovaux et François Da Rocha Carneiro (sous la direction de), Vingt ans après... Écrire l’histoire du sport, Presses Universitaires de Limoges, 2023, pp.389-401. En ligne sur Hal Open Science.
- Sabéran Shirine, « “Une chevalerie sportive” mise au service de la responsabilité sociale : généalogie du projet politique de Pierre de Coubertin », Économie et institutions, n°20-21, 2014. Disponible sur OpenEdition.
- Simonnot Philippe, Homo Sportivus. Sport, capitalisme, religion, Paris, Gallimard, 1988.
- Verchère Raphaël, Sport et mérite. Histoire d’un mythe. Philosophie politique du corps en démocratie, Les Éditions du Volcan, 2022.
Notes
[1] ↑ Un exemplaire original de cette affiche (peut-être le seul qui ait été conservé), circule depuis deux ans, sur des sites de ventes aux enchères, où il réapparaît régulièrement (à un prix dépassant les 3 000 € et pouvant atteindre 6 000 €). Notons toutefois que depuis peu, des reproductions d'excellente qualité sont proposées à la vente sur le site Leboncoin.fr, à un prix abordable...
[2] ↑ Emanuele Coccia, « L’amour à l’état fossile », Libération, 5-6 juillet 2025, p. 19.
[3] ↑ Cf. « Coupe de France enterrée : le trophée caché pendant l’Occupation », Topic Foot, 2 décembre 2025.
[4] ↑ Cf. « Deuxième entrainement du “onze” de France. En forme : Ben Barek, Veinante Nicolas, Bourbotte, Jordan… », in L’Auto-Vélo, 24 novembre 1938, p. 5.
[5] ↑ Docteur Fournié, « Le Président du B.E.C. et le rugby à 13 », in Midi Olympique, 25 mars 1935.
[6] ↑ « Les Pâques athlétiques », in Le Sport Universel Illustré, 7 janvier 1899, p. 238.
[7] ↑ « Les sports à travers le monde », Saïgon Républicain (Organe du Parti Républicain-Radical et Radical-Socialiste d’Extrême Orient), 8 décembre 1925.
[8] ↑ Jean de la Manche, « Coupe de France 1935 », in Marianne, 11 août 1932, p. 11
[9] ↑ « Un vieux sport qui ressuscite : la joute à la lance », L’As. Illustré pour la Jeunesse et la Famille, 10 octobre 1937, p. 2.
[10] ↑ « Un vrai sport : la gymnastique », Jeunes Équipes, n° 21, 1er décembre 1937.
[11] ↑ « Le coin de l’entraîneur »), in Junior, 29 septembre, p. 2.
[12] ↑ Georges Pagnoud, « Pourquoi pas un hand-balleur ? », in L’Écho des Sports, 9 mai 1942, p. 1.
[13] ↑ Les Échos d’Afrique Noire, 30 janvier 1952.
[14] ↑ « Grâce à mon neveu Raymond, je connais le “Jokari” », in Benjamin, 27 juillet 1939, p. 2.
[15] ↑ L’été « Fauchez donc vos près », conseille la Revue Olympique, n° 67, juillet 1911, pp. 104-105. Le maniement de la faux ne participe-t-il pas « des charmes de l’aviron et de l’escrime » !
[16] ↑ « S’essouffler, c’est jouer ! » L’Union Française, 27 octobre 1947.
[17] ↑ Voir à ce sujet, Kilian Mousset, Jean-Nicolas Renaud et Christian Vivier, « La mode du ping-pong en France en 1902 : une autre façon de questionner les classiques transferts culturels dans le domaine du sport », Modern & Contemporary France, vol. 26, 2018.
[18] ↑ Dominique Ravigneau, « Quelques réflexions sur le Ping-Pong en revenant de Prague », in Holàhée. Journal des étudiants, 10 juillet 1932, p. 7.
[19] ↑ Georges Jubert, « Tennis de Table », in La Vie Bordelaise, 14 mars 1952, p. 7.
[20] ↑ François Lassagne, « Voulez-vous jouer au Badminton ? », in Vu, n° 305, 17 janvier 1934, p. 86.
[21] ↑ « Le Ping-Pong. Un sport et comment ! », Tunis-Soir, 27 août 1953.
[22] ↑ Dougerthy, « Appréciations sur les Championnats double de Lawn-Tennis », in Les Sports Athlétiques, 24 juin 1893, n° 169, pp. 15-16.
[23] ↑ « Le Lawn-Tennis », in Le Plein Air, 24 décembre 1909, p. 107.
[24] ↑ Le Progrès de la Somme, 25 octobre 1934, p. 2.
[25] ↑ Voir : « Le badminton dans la presse française (1875-1914) », blog lavieduvolant.org, 20 avril 2023.
[26] ↑ L’Intransigeant, 20 février 1933, p. 6.
[27] ↑ Paul Guth, « J’ai pu jouer au badminton », in Le Figaro Littéraire, 19 avril 1952, p. 3
[28] ↑ « Lorsque l’on voit la petite raquette et le volant, on serait tenté de croire qu’il s’agit d’un sport pour personnes délicates », écrit Jean de Faucon dans l’hebdomadaire L’Athlète Moderne du 27 novembre 1935, p. 1 (« Après les exhibitions de badminton au Jeu de Paume »).
[29] ↑ Jean Lafourcade, « Le badminton est un véritable sport mais très agréable à pratiquer », L’Auto-Vélo, 18 août 1933, p. 4.
[30] ↑ D. P., « Le tennis, rois des sports et sport des rois », Match. Le grand hebdomadaire sportif, , 22 mars 1932, p. 3.
[31] ↑ Voir, par exemple, E Docteur Henri Diffre, « Le tennis, roi des sports », in Tennis et Golf, 1er mars 1926. Repris dans Le Cri sportif, 5 mars 1926.
[32] ↑ « Le jeu de Lawn-tennis », in La France Illustrée, 23 juillet 1898, n° 1234, p. 95.
[33] ↑ C. G. Heathcote, “Lawn Tennis”, in J. M. and C. G. Heathcote et ali., Tennis, Lawn Tennis, Rackets and Fives, The Badminton Library Edited by the Duke of Beaufort, K.G. and A. E. T. Watson, London, Longmans, Green, and Co, 1890, p. 132.
[34] ↑ « Badminton ? », in Le Petite Courrier, 27 avril 1934, p. 6. Disponible sur le site Retronews.
[35] ↑ Paul Champ, « Lawn-Tennis », in P. Moreau et G. Voulquin (sous la direction de), Les Sports modernes illustrés, Paris, Librairie Larousse, 1905-1906, p. 200.
[36] ↑ « Le Badminton », Paris Midi, 8 avril 1935.
[37] ↑ La citation ouvre le « Préambule » de Leçons de Pédagogie sportive données à l’Institut Olympique de Lausanne, publié par De Coubertin en 1921 aux Éditions La Concorde (Lausanne), p. 7. Reprise dans Pédagogie sportive, Paris, Les Éditions G. Crès et Cie, 1922, p.7.
[38] ↑ Pierre de Coubertin, Pédagogie sportive, 1922.
[39] ↑ Albert Elm, Éducation et Culture. Problèmes actuels, Paris, Presses Universitaires de France, 1942, p. 107. Passage repris dans « Sport et Éducation Nationale », in Le Journal de Ruffer, 21novembre 1942, p. 1.
[40] ↑ Dr Barret, Les Sports pour tous. Conseils du Docteur Sportif, Éditions Nilsson, Paris, p. 50 et p. 51.
[41] ↑ Pierre de Coubertin, « Les “trustees” de l’idée olympique », Revue Olympique, n° 31, 31 juillet 1908, p. 110. Discours prononcé à l’occasion d’un banquet organisé à Londres, le 24 juillet 108, par le Gouvernement britannique
[42] ↑ Pierre de Coubertin, « L'éducation anglaise », in La Réforme Sociale. Bulletin de la Société d'Économie Sociale et des Unions de la Paix Sociale, 2ème série, tome III, n° 35, juin 1887, p. 647.
[43] ↑ « Le basket-ball est-il un sport ? », in Basket-ball, Organe Officiel de la Fédération Française de Basket-Ball, n° 26, 15 novembre 1934, p. 3. Un article intéressant d’Éric Claverie sur les « Significations du basket-ball. Entre constances corporelles et variabilité socio-historique », publié dans Techniques et Cultures, n° 62 (« Le corps instrument »), 2014, pp. 208-229. Disponible sur OpenEdition.
[44] ↑ L’expression est de Gabriel Compayré, in Études sur l’enseignement et sur l’éducation, Paris, Hachette, 1891, p. 36.
[45] ↑ Cf. Raphaël Verchère, Sport et mérite. Histoire d’un mythe. Philosophie politique du corps en démocratie, Les Éditions du Volcan, 2022, p. 171.
[46] ↑ « L'olympisme […] préconise une éducation sportive généralisée […] ourlée de vaillance virile et d'esprit chevaleresque. » Cité par Shirine Sabéran, op. cit.
« L’esprit chevaleresque est une coquetterie de beau joueur, incitant à avantager l’adversaire à son propre détriment », in Pierre de Coubertin, Leçons de pédagogie sportive, Lausanne, Éditions la Concorde, 1921, p. 31.
« L'important est qu'à tous les degrés, de l'adolescent à l'homme mûr, on travaille à répandre l'esprit sportif fait de loyauté spontanée et de désintéressement chevaleresque. » « Message de Pierre de Coubertin adressé à tous les athlètes et participants aux Jeux Olympiques assemblés à Amsterdam pour la célébration de la IXème olympiade », in Bulletin Officiel du Comité Olympique, 1928, p. 5.
« L'idée olympique, c'est à nos yeux la conception d'une forte culture musculaire appuyée d'une part sur l'esprit chevaleresque, ce que vous appelez ici si joliment le Fair play et, de l'autre sur la notion esthétique sur le culte de ce qui est beau et gracieux. » Pierre de Coubertin, « Les “trustees” de l’idée olympique », Revue Olympique, n° 31, 31 juillet 1908, p. 110. Republié in Une campagne de vingt-et-un ans, 1909, p. 214
[47] ↑ Cf. Patrick Clastres, « Inventer une élite : Pierre de Coubertin et la “chevalerie sportive” », in Revue Française d’Histoire des Idées Politiques, n° 22 (« Les idées élitistes en 1900 », 2005, pp. 51-71. Disponible sur CAIRN.INFO.
Et Shirine Sabéran, « “Une chevalerie sportive” mise au service de la responsabilité sociale : généalogie du projet politique de Pierre de Coubertin », Économie et institutions, n°20-21, 2014. Disponible sur OpenEdition.
[48] ↑ Ibidem, p. 276.
[49] ↑ Cf. Philippe Simonnot, Homo Sportivus. Sport, capitalisme, religion, Paris, Gallimard, 1988.
[50] ↑ « N’oublions jamais que les combatifs sont les forts, que les forts sont les bons, mais que les paresseux sont les rusés et les faibles, et que les faibles sont dangereux, parce qu’ils sont traîtres ». Père Henri Didon, Influence morale des sports athlétiques. Discours prononcé au Congrès olympique du Havre, le 29 juillet 1897, Paris, J. Mersch imprimeur, 1897, p. 8.
[51] ↑ Cf. Joe Judge, « Qu’est-ce que le Sport ? », in L’Excelsior, 5 février 1912.
[52] ↑ « Mens fervida in corpore lacertoso », in Revue Olympique, n° 67, juillet 1911, p. 99.
[53] ↑ Alain Bernard, « Ping-Pong », in Eau, Sport, Soleil, 30 avril 1932, p. 9.
[54] ↑ Georges Vigarello et Richard Holt, « Le corps travaillé. Gymnastes et sportifs au XIXème siècle », in Alin Corbin, Jean-Jacques Courtine, Georges Vigarello (sous la direction de), Histoire du corps, Tome 2 (« De la Révolution à la Grande Guerre, Volume dirigé par Alain Corbin), Paris, Seuil, 2005p. 355.
[55] ↑ Paul Werrie, « Sport et Civilisation », in Le Vingtième Artistique et Littéraire, 16 février 1936, p. 2
[56] ↑ Patrick Clastres, « Inventer une élite. Pierre de Coubertin et “la chevalerie sportive” », in Revue Française d’Histoire des Idées Politiques, n° 22 (« Les idées élitistes en 1900 »), 2005, p. 276. Disponible en ligne sur Cairn.Info.
[57] ↑ Ibidem, p. 351.
[58] ↑ George Mosse, L’Image de l’homme. L’invention de la virilité moderne, 1996, traduction Michèle Hechter, Éditions Abbeville, 1997, p. 179. Cet emprunt mérite d’être replacé dans la réflexion de Mosse sur l’apparition du « nouvel homme fasciste » : « Ainsi le nouvel homme du fascisme ou du national-socialisme n’était-il pas vraiment nouveau. La plupart des traits appartenaient déjà au modèle normatif masculin […]. Si un monde semble séparer l’élégant gentleman britannique et le brave garçon américain du S.S. idéal, ils sont au fond façonnés dans le même moule réunissant en lui les qualités de force et de séduction esthétique, de réserve et de violence, de dispositions à la générosité et à la compassion ou au combat acharné et impitoyable. Le fascisme et le national-socialisme ont démontré les effrayantes possibilités de la virilité moderne, une fois celle-ci réduite à ses fonctions guerrières. »
[59] ↑ « Le sport, écrivait Jean Giraudoux, délimite notre corps de la masse terriblement vague des autres corps » et : « Qui n’est pas à quelques degrés athlète traîne piteusement dans la vie le corps d’un autre »… In Le Sport. Notes et Maximes, Paris, Librairie Hachette, 1928, p. 8.
[60] ↑ Cf. Pierre de Coubertin, Leçons de Pédagogie sportive données à l’Institut Olympique de Lausanne, Lausanne, Éditions La Concorde, 1921, p. 31.
[61] ↑ « L'idée olympique, c'est à nos yeux la conception d'une forte culture musculaire appuyée d'une part sur l'esprit chevaleresque, […] de l'autre sur la notion esthétique sur le culte de ce qui est beau et gracieux. »
[62] ↑ Paul Werrie, « Sport et Civilisation », in Le Vingtième Artistique et Littéraire, 16 février 1936, p. 2.
[63] ↑ « Le Badminton », Paris Midi, 8 avril 1935.
[64] ↑ François Lassagne, « Voulez-vous jouer au Badminton ? », in Vu, n° 305, 17 janvier 1934, p. 86.
[65] ↑ « Le véritable sport exige des efforts très durs, une discipline très serrée et une concentration soutenue de toutes les forces vitales, qui est autre chose qu’un simple jeu ». « Sport et Éducation Nationale », Journal de Ruffec, 21 novembre 1943.
[66] ↑ Jean de Lascoumettes, Sports, « Avant-propos », Éditeur Maison Alfred Mame et Fils, Tours, 1932, p. 7.
[67] ↑ Sur l’apparition de ce chrononyme, habituellement abusivement attribué à Norbert Elias, voir Lionel Pabion, « La “sportivisation”, un paradigme historiographique au risque de la téléologie », in Noémie Beltramo, Jean Bréhon, Olivier Chovaux et François Da Rocha Carneiro (sous la direction de), Vingt ans après... Écrire l’histoire du sport, Presses Universitaires de Limoges, 2023, pp.389-401. En ligne sur Hal Open Science.
[68] ↑ Paul Guth, « J’ai pu jouer au badminton comme un Danois ou un Malais », in Le Figaro Littéraire, 19 avril 1952, p. 3.
[69] ↑ Paul Champ, « Lawn-Tennis », in P. Moreau et G. Voulquin (sous la direction de), Les Sports modernes illustrés, Paris, Librairie Larousse, 1905-1906, p. 201.
[70] ↑ La Gomina, pommade capillaire destinée à lustrer les cheveux, à les lisser (les maintenir), tout en leur donnant un certain brillant, est apparue au milieu des années 1920.
[71] ↑ François Lassagne, « Voulez-vous jouer au Badminton ? », in Vu, n° 305, 17 janvier 1934, p. 86.
[72] ↑ Revue du tennis et du ping-pong, n°103, 1er mars 1934, p. 20-21, Citée par Julie Grall, Histoire du badminton en France (fin XIXe siècle – 1979). Pratiques et représentations, Thèse doctorat STAPS, Université Rennes 2, 2018, tome 1, p. 185.
[73] ↑ Cf. Michaël Attali, Yohann Fortune, Doriane Gomet, Jean-Nicolas Renaud, Racing Club de France. Le sport en ciel et blanc, Paris, Le Cherche Midi, 2023.
[74] ↑ René P. Pelletier, « Le Badminton, sport athlétique », in Les Jeunes, 30 avril 1961, p. 3.
[75] ↑ Voir, par exemple, sur ce même blog : « Le jeu du volant : une “drôlerie” ! », 2 février 2023.
[76] ↑ Guy d’Assonville, «“Badmintonnez-vous” comme Ladoumègue, Assolant, Augustin et A.N. Bloch ?», publié dans L’Auto-Vélo, du 23 novembre 1933, p. 4.
[77] ↑ Smash, n°10, août-septembre 1942, p. 15. Cité par Julie Grall, Histoire du badminton en France (fin XIXe siècle – 1979) : Pratiques et représentations, Thèse de doctorat STAPS, Université de Rennes 2, 2018, p. 237.
[78] ↑ Smash, n°12, janvier-février 1943, p. 15. Ibidem, p. 238.
[79] ↑ R. P., « Badminton », in Sports Camping (revue professionnelle d’articles de sports), 1er mars 1951.
[80] ↑ « Badminton. 5 000 joueurs en France », in Sports Camping, 1er décembre 1953, p. 15.
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