Overblog Tous les blogs Top blogs Sport Tous les blogs Sport
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Suivez-nous sur Facebook

 

Publié par Frédéric Baillette

    En Grande Bretagne, à partir du milieu du XVIIIème siècle, les images satiriques s’émancipent de la presse, où elles étaient habituellement publiées accompagnées de longs textes explicitant le sujet abordé. Désormais, de plus en plus éditées et vendues sous forme de feuilles volantes, ces gravures peuvent être achetées à l’unité dans des boutiques spécialisées, tenues par des marchands-éditeurs, notamment à Londres «où elles étaient concentrées dans trois centres géographiques» [1]. Exposées dans les vitrines des print shops, elles deviennent une attraction pour un «public avide de satires destructrices» qui, toutes classes sociales confondues, «s’agglutine» et joue des coudes pour découvrir la nouvelle caricature du jour : «C’est un enthousiasme indescriptible, notera un voyageur européen, quand le nouveau dessin apparaît ; c’est presque de la folie. Il faut boxer pour arriver à se faire un passage» [2].

 

James Gillray, Very Slippy-Weather, eau-forte coloriée, 1808, Bristish Museum


    En s’affranchissant des «contraintes [...] liées à la publication dans la presse» (qui pouvait se voir censurée et condamnée à de lourdes amendes), «la satire graphique [jouit] d’une liberté quasi illimitée». D’autant que, comme le note encore Pascal Dupuy : «La peur du ridicule d’avoir à démontrer devant un tribunal le caractère satirique de l’attaque caricaturale empêchait sans doute les offensés de faire un recours en justice !» [3]

    La liberté de ton et la popularité dont bénéficient ces estampes vont en faire «un outil polémique redoutable» [4], une arme irrévérencieuse et caustique, bafouant les grands de ce monde, puissants et riches [5]. Certaines caricatures recouraient au registre de la scatologique [6] et de la sexualité pour discréditer et délégitimer des adversaires politiques, des membres du gouvernement et le Roi lui-même, dès lors «livrés à la risée du peuple» [7].

    Le succès rencontré par ce nouveau médium visuel est sans doute dû à l’adoption en juin 1737 du Theatral Licensing Act, loi de censure adoptée par le Parlement britannique pour contrôler les débordements satiriques des théâtres qui s’en prenaient de plus en plus ouvertement à la politique du Premier ministre Robert Walpole (désormais, toute nouvelle pièce devait être soumise pour inspection et approbation, au moins quatorze jours avant sa première représentation. Cette pré-censure, alors souvent suivie d’interdiction, si la pièce s’attaquait directement à la Couronne ou au Gouvernement, ne sera officiellement abolie qu’en 1968 !). La liberté de parole théâtrale muselée, les auteurs et artistes satiriques britanniques se tournèrent vers l'image imprimée, contre-pouvoir visuel plus difficile à censurer.

    L’apparition de la couleur constitua également «un atout majeur de ces gravures aux yeux d’un public de plus en plus cultivé […] friand de politique» [8] et attentifs aux débats suscités. Des boutiques louaient ainsi des volumes reliés d’estampes à savourer en famille ou entre amis, «pour le plaisir d’une soirée», d’autres organisaient des «expositions thématiques quasi permanentes» dans des galeries attenantes. Et, il n’était pas rare que ces gravures qui collaient aux évènements de la politique anglaise et internationale, ou tournaient en dérision les mœurs du moment, décorent les murs des auberges, des tavernes, voire des Barbers shops, leur propos étant «paradoxalement d’informer tout en déformant» [9].
 

Le Jeu du Volant, trope visuel satirique ?
    Cette première illustration, titrée «The C–––t Shittle-Cock», datée de 1740 et dont l’auteur reste inconnu, ouvre une série d’une dizaine d’estampes, rassemblées sous le titre Political Shuttlecocks, où les caricaturistes ont recouru à la métaphore visuelle du jeu du volant (passe-temps alors particulièrement populaire Outre-Manche, sous l’appellation de Battledore and Shuttlecock), que ce soit en juchant un personnage brocardé sur l'emplumé jouet ou en transformant  l'importun fustigé en volant, pour signifier une perte de contrôle, une impuissance, une manipulation politique, voire illustrer le rejet, l'éviction, d’un indésirable ou le refoulement d’un envahisseur honnit. La raquette se mue alors en instrument de dégagisme punitif. Métamorphosé en dérisoire jouet, chosifié, le personnage exécré se fait «fesser», au grand amusement de ses détracteurs.
    La mise en situation de hauts personnages échangeant désinvoltement un volant, amusement puéril, permettait également de signifier leur légèreté, leur insouciance, à traiter un problème public.

    Nous verrons ainsi, au fil de ces diverses représentations, comment le jeu du volant, en tant que métaphore visuelle récurrente, peut être considéré comme un ressort narratif et constitue un trope visuel satirique (à l’instar du jeu d’échec [10]) dans la caricature sarcastique et l’imagerie politique caustique britannique, mais aussi européenne, des XVIIIème et XIXème siècles.
    Plusieurs illustrations pamphlétaires, éditées en France au cours du XIXème siècle, utilisant le jeu du volant pour se railler de personnages politiques, avaient déjà retenu notre attention :
- «Le volant-Corse (ou comment jouer avec Bonaparte)» ;
- «Une partie de Badinguet [Napoléon III], le voleur-Volant» ;
- «Le Basile Volant !» (Basile représentant les Jésuites, et plus largement «le parti des prêtres») ;
- «La question Plon-Plon et Victor» (conflit entre Napoléon-Jérôme Bonaparte, alias Plon-Plon et son fils Victor) ;
- «Rentrée du cœur léger, par Gill» (portrait moqueur du député Émile Olivier).
    Ainsi qu’une estampe britannique, datant de 1776, attribuée à Richard Brinsley Sheridan, qui se moquait des emplumées coiffures et des fesses factices («croupes en liège») alors à la mode chez les mondaines : «Miss.. Shuttle-Cock : Croupe en liège, tête en plumes».

 

1740 - The C–––t Shittle-Cock

Political Shuttlecocks #1 : The C–––t Shittle-Cock (1740)

Dim. 220mm x 330mm – Source de l'image : British Museum
   

    «The C–––t Shittle-Cock» traite du féroce affrontement qui opposa le 2ème duc d'Argyll, l'écossais John Campbell, issu d'une des familles les plus puissantes de l'Écosse gaélique, le clan Campbell [11] (ici juché sur un volant), et son allié du moment Frédéric Prince de Galles (au centre de l'estampe) (il est le fils aîné et héritier présomptif du Roi), au Gouvernement du Premier ministre Robert Walpole (à gauche), indéfectiblement soutenu par Georges II (à droite). Deux puissants irrités par les virulentes attaques du tandem dissident, concernant notamment le manque d'engagement dans la guerre dite de l'oreille de Jenkins (conflit maritime entre les royaumes de Grande-Bretagne à l'Espagne) et l'abusive ingérence du gouvernement londonien dans les affaires écossaises.

    Le titre recèle un jeu de mot volontairement trivial et particulièrement insultant pour Warlope et Georges II qui, affublés de leurs «chéries», font circuler lestement un volant chevauché par le duc d'Argyll (militaire émérite, tombé en disgrâce et déchu, en 1940, de son titre de colonel de la Royal Horse Guard pour s'être élevé contre les positions du Gouvernement).
    Le long tiret reliant le C et le t (C–––t) laisse au lecteur le soin de compléter ces «pointillés» ? Si le British Museum a prudemment opté pour C[our]t, renvoyant à la Cour royale, les esprits grivois et caustiques penseront spontanément à C[un]t, terme médical et anatomique désignant les organes génitaux féminins (du latin cunnus, vulve). Une monosyllabe maniée, à partir du XVIème siècle, comme une insulte et considérée comme le juron le plus ordurier et offensant de la langue anglaise [12]. «Un nom ignoble pour une chose ignoble» («a nasty name for a nasty thing»), comme le définissait, en 1688, Guy Miège dans The Great French Dictionnary (dictionnaire bilingue franco-anglais) [13]. Mot considéré comme le plus obscène, le plus odieux, le plus dégradant, exprimant «la pire forme de mépris» !

    L’artifice du tiret (comme pour biffer un terme subversif) est typique de la satire anglaise qui utilisait ce subterfuge, sorte de caviardage, pour éviter d’écrire un vocable «tabou» (tout en simulant une censure), ou de nommer directement un grand du royaume (K–––g et Q–––n pouvaient être utilisés pour désigner le Roi ou la Reine). Cette formulation d'évitement permettait à l’artiste (mais aussi à son imprimeur) de se prémunir d’un procès en diffamation et d’une condamnation juridique pour lèse-majesté, en prétextant que l’insulte ou le nom n’était pas explicitement énoncé. En complétant le mot manquant, le lecteur qui décodait, sans difficulté, la transparente allusion, entrait en connivence avec l'artiste avec lequel il instaurait un lien de complicité, une connivence tacite.

    Au Cunt du titre fait dès lors écho le Cock de shittle-cock terme qui, depuis la même époque, désigne argotiquement le pénis ! [14] Le terme Cock (ou coc en anglais ancien) qui désignait un coq (par onomatopée de son cri), fut symboliquement associé à la vigueur masculine et en vint rapidement à désigner l'organe sexuel mâle. Ce qui surprend, lorsque l'on sait que le coq (comme la plupart de oiseaux) est dépourvu de pénis (il possède un «cloaque», soit un orifice unique servant à la fois à évacuer fientes et urines, mais aussi à déposer son sperme lorsqu'il applique son orifice cloacal sur celui de sa dulcinée. Les ornithologues, avec malice, parlent de «baiser cloacal»). Pour éviter toute connotation sexuelle, dès le XVIIIème siècle, la bonne société américaine, par bienséance et pudibonderie, préférera utiliser le terme Rooster (littéralement «celui qui se perche») pour désigner le maître de la basse-cour (pour son habitude à s'installer en hauteur pour dormir la nuit venue).

    Quant à l’écriture composée shittle-cock, au lieu de shuttlecok, cette orthographe (avec ou sans trait d’union, shittlecock, et parfois avec un e final : shittle-cocke) est identifiable dans d’autres textes et légendes de gravures datant de la même époque. Étymologiquement shuttle dériverait du Old English «scytel» (dont une variante orthographique était scyttel) qui désignait une flèche, un projectile et était lié à l’action de tirer, de lancer. Scytel, qui au XIIème-XVème siècles (Middle English) muta en shittel, en vint à désigner la navette que le tisserand tire et projette tour à tour sur son métier. Et donna notamment shittle-cock, en référence aux aller-et retour du volant (composé de plumes de volatiles : cock), avant de devenir obsolète et d’être abandonné au profit de shuttlecock (voir «Origin and history of shuttle»). Peut-être, car shittle-cock, trop proche phonétiquement de shit (merde, excrément), permettait des jeux de mots réprouvés par une société victorienne aussi rigide que prude…

    Notons par ailleurs que, depuis le IXème-XIème siècles, par extension métaphorique, scytel désignait également le pénis d’un animal, voir à ce sujet l’étude exhaustive de Bethany Christiansen : «Scytel : A New Old English Worls for “Penis”» [15].
    Et que, selon le Green’s Dictionnary of Slang (dictionnaire d’argot britannique), le terme shuttle est, depuis les années 1670-1680, également employé pour désigner métaphoriquement le pénis (eu égard à ses va-et-vient). Le terme «navette» fut également utilisé en France pour désigner le membre viril. Voici la définition qu'en donnait en 1864 Alfred Delvau dans son Dictionnaire érotique moderne : «Navette : Le membre viril, que les femmes font aller et venir entre leurs doigts, et qui sert à filer la trame de la vie humaine» [16]. Quant à l’expression «jouer de la navette», depuis le XVIIème siècle, elle renvoyait à l’acte sexuel : «Se divertir avec une femme», soit coïter [17], ou encore, pour Alfred Delvau : «Faire l’acte copulatif, – dans lequel les fesses des joueurs vont et viennent comme la navette des tisserands» [18] !

    Les deux joueurs de volant (Walpole et Georges II), étant réputés pour leurs infidélités conjugales, aussi le sous-entendu persifleur entre Cunt et Cock peut-il être lu comme une attaque directe envers les mœurs délétères de la Cour royale et, au-delà, comme une dénonciation de l’influence pernicieuse des «favorites» sur ces puissants personnages. Ainsi, cette caricature s'inscrirait dans la lignée des diatribes qualifiant le gouvernement en place de Petitcoat Government (que l’on peut traduire par «gouvernement des jupons»), insinuant qu’il était dirigé par les caprices de quelques femmes proches du Roi et de ses affidés. Elle peut être rapprochée d’une autre estampe satirique, éditée en 1938 (soit un an après la mort de la Reine), visant directement Georges II et Amalie (son amante officialisée), croquée caressant la cuisse du Roi qui en laisse échapper son spectre. Titrée «Solomon  in his Glory» (référence moqueuse au monarque biblique d'Israël à qui l'on attribue quelques 700 épouses et 300 concubines !) [19], elle dénonce l’omniprésence de la maîtresse et le détournement du Roi des affaires de l’État.
 

Source : British Museum, traduction de la légende :
«Venez, enivrons-nous d’amour jusqu’au matin, livrons-nous aux délices de l’amour ;
car le maître de maison n’est pas là, il est parti pour un long voyage,
il a emporté avec lui sa bourse et ne rentrera qu'à la date prévue.
»  


Protagonistes, papotages et contextualisation :

Walpole et Lady Maria (sa fille illégitime)
Walpole et Lady Maria

    À gauche, Walpole (alors Premier ministre), raquette en main, flanqué de sa fille «naturelle» : Lady Maria (1725-1801) [20]. Conçue hors mariage, elle vient d’être reconnue par Walpole (qui l’éleva au rang de fille de comte – une promotion alors inhabituelle pour une fille illégitime [21]), peu après qu’il ait perdu sa première épouse (1737) et ait convolé avec sa mère et maîtresse (Maria Skerret).

Walpole, parlant du duc d'Argyll qu'il s'apprête à renvoyer d'un coup de raquette : «Away wh. him He don't play well» («Qu’il fiche le camp, il ne joue pas bien !»).
    À ses côtés, sa fille (récemment légitimée), bras ballants et doigts entrecroisés (enfant obéissante, désormais au service de son papa, prête à faire équipe avec lui) : «Dad I'm a match for your Par[ne]r» («Papa, je suis la partenaire qu’il te faut !»)

Ladie Yarmouth (Amalie von Wallmoden) et Georges II
Ladie Yarmouth (Amalie) et Georges II

    À droite, raquette levée, Georges II enlacé par sa maîtresse attitrée : Amalie Sophie Marianne von Wallmoden, fraîchement promue comtesse de Yarmouth (ville côtière du comté de Norfolk). Le Roi, qui eut quelques 13 maîtresses et de 13 à 19 enfants illégitimes, était surnommé Merry Monarch, soit le monarque joyeux.

    Il vient de frapper le «volant» sur lequel est installé le duc d'Argyll (John Campbell), dérisoire épée effilée pointée, comme s’il chargeait dans le vide. Le monarque accompagne sa frappe d'un «Dis Home Blow, begar sends him to ye Nort» («Ce coup bien placé expédie au diable ce coquin !»).

    La relation entre Georges II et John Campbell (1680-1743) était alors particulièrement conflictuelle. Surnommé «Red John of the Battles», pour sa vaillance au combat, John Campbell (que Georges II avait élevé, en 1736, au rang de Maréchal) venait de tomber en disgrâce. Le Roi l’avait démis de ses fonctions, suite à un discours que ce farouche défenseur des intérêts écossais avait prononcé contre le gouvernement de Londres (conduit par Walpole) (il ne retrouvera les faveurs du roi qu’en 1742, après la chute de Walpole, et sera, peu avant sa mort, en 1743, nommé commandant en chef de l’armée britannique).

    Lady Yarmouth : «Your Cockee my Love mounts rarely in Yarm[outh]» («Ton engin, mon amour, remonte rarement jusque dans Yarmouth»). Insinuation sous-entendant une incapacité de Georges II à satisfaire avec assiduité les appétits de sa maîtresse (tout juste promue comtesse de Yarmouth, en 1740), dont la main droite est positionnée à hauteur du sexe de son amant, comme prête à se saisir de ce sceptre...
    Lady Yarmouth, alias Amalie Sophie Marianne von Wallmoden (née à Hanovre en 1704 et décédée en 1765 [22]), fut la principale maîtresse de Georges II et ce jusqu’à sa mort.
    Les parlementaires qui s’opposaient au Roi la suspectaient de s’immiscer dans les affaires de l’État en manipulant son amant.

    La mention «The Kicking Foot», inscrite aux pieds du Roi, fait référence à l'habitude qu'avait le monarque de jeter son tricorne à terre et de lui donner un coup de pied lorsqu'il piquait une colère (il était également connu pour, dans ses emportements, piétiner sa monumentale perruque) [23].

    Au centre, le Prince Frédéric de Galles (regarde circuler son allié politique (le duc d'Argyll) : «My reconciliatiry Friend is Mounted» : «Mon ami le réconciliateur est en selle».
    Il est le fils aîné de Georges II, avec qui les relations étaient particulièrement conflictuelles, «marquées par une haine et une rivalité profonde et publique», exacerbée par l’alliance politique de Frédéric avec John Campbell, dans son opposition au Premier ministre Walpole et à sa Robinocraty (surnom satirique, soulignant la main mise de Walpole, ses amis et sa famille, sur le gouvernement) [24].

    Fendant pathétiquement l'air, le Duc d’Argyll (John Campbell) constate sa vulnérabilité et la «foudroyante» puissance de ses ennemis politiques qui l'envoient valdinguer : «By my soll ye Hang Dog, I am fow struck» («Par mon âme, Misérable, j’ai été frappé par la foudre»).
 

Duc d’Argyll (John Campbell)
Duc d’Argyll (John Campbell)

  

    Ainsi, par l’entremise du jeu du volant, deux puissants, entourés de leurs «amours» (l’un de sa maîtresse attitrée, l’autre du fruit d’une liaison illégitime), s’amusent nonchalamment à faire circuler, de raquette en raquette, leur adversaire exécré du moment. La frivolité du jeu du volant, renforcée par la décontraction de joueurs croqués en costumes d'apparat, souligne leur insouciance et leur inconséquence quant aux affaires de l’État. Georges II (l’un des derniers rois britanniques né à l’étranger) était qualifié d’«absent king» (roi absent), en raison du temps qu’il passait à Hanovre plutôt qu’en Grande-Bretagne (il s’exprimait d’ailleurs mieux en… français – langue noble apprise durant son enfance –, qu’en anglais) [25].

    Dans cette arène politique où le marivaudage l’emporte sur le sérieux, le Duc d’Argyll, bretteur émérite, fine-lame réputée pour sa fougue au combat, est réduit à un personnage fantoche, à un épéiste impuissant. L’impétueux militaire n'est plus qu’un jouet, une aimable distraction pour d'insouciants gouvernants, imbus de leur pouvoir souverain.
    Le trope satirique du jeu du volant est ici utilisé pour signifier à la fois une impuissance (celle d'opposants politiques, de blancs-becs en la matière, qui ne feraient pas le poids) et une désinvolture (celle de dirigeants, imbus de leurs prérogatives, qui traitent les affaires politiques et publiques avec frivolité).
 

Remerciements à Jean-Jacques Bergeret
pour les relectures et l'aide aux traductions


Notes
[1] ↑ Voir à ce sujet, l’érudit ouvrage et richement illustré, de Pascal Dupuy, Face à la Révolution et l’Empire, Caricatures anglaises (1789-1815), Paris, Musée Carnavalet, 2008, p. 27.
[2] ↑ Ibidem, p. 26.
[3] ↑ Ibidem, p. 35.
[4] ↑ Michel Jouve, «Innovation et influence de la satire graphique anglaise au XVIIIème siècle», in Philippe Régnier, Raimund Rütten, Ruth Jung et Gerhard Schneider (sous la direction de), La Caricature entre République et censure. L’image satirique en France de 1830 à 1880 : un discours de résistance ?, Presses Universitaires de Lyon, 1996, pp. 22-28. Chapitre disponible sur OpenEdition.
[5] ↑ Cf. Gilbert Millat, «Satire graphique et enracinement national : le dessin de presse britannique», in Revue Française de Civilisation Britannique, Vol XIII, n° 4 («Art et nation en Grande-Bretagne au XVIIIe siècle»), 2006.
[6] ↑ Pascal Dupuy, «“Le trône adoré de l’impudeur” : cul et caricatures en Grande-Bretagne au XVIIIe siècle», in Annales Historiques de la Révolution Française,  n° 361 («Entre scatologie et fantasmes sexuels, le cul et son imaginaire»), Paris, Armand Colin, 2010, pp. 157-178.
[7] ↑ Pascal Dupuy, op. cit., p. 25.
[8] ↑ Ibidem, p. 20.
[9] ↑ Ibidem, p. 31 et 33. Leur tirage est estimé à 100 à 600 copies, avec possibilité de reproduction en fonction de leur succès, jusqu’à 2 000 exemplaires, voire exceptionnellement 16 000, notamment grâce «à des versions pirates» (p. 32).
[10] ↑ Voir Valerij Surkov, «Dessins animés – Napoléons et échecs», 2013.
[11] ↑ Campbell dériverait du surnom donné à un légendaire ancêtre : Cam Beul ou «bouche tordue».
[12] ↑ Voir à ce sujet la longue étude de Matthew Hunt, «The Cultural History of the C-World», site matthehunt.com.
[13] ↑ Cette formule, habituellement attribuée au lexicographe Francis Grose (apparue dans la 2ème édition de A Classical Dictionnary of the Vulgare Tongue, 1768, article «C**t») est en fait empruntée au dictionnaire bi-langue (franco-anglais) de Guy Miège, publié en 1688, The Great French Dictionnary,  article «Cunt», non paginé.
[14] ↑ Sur la mutation en injure du terme Cunt, se reporter, par exemple, à «The story of a very delicate monosyllable» ou encore à l’article «Cunt» pubiié sur Wikipédia.
[15] ↑ Bethany Christiansen : «Scytel : A New Old English Worls for “Penis”», Anglia. Journal of English Philology, n° 136 (4), 2018, pp. 581-610.
[16] ↑ Alfred Delvau, Dictionnaire érotique moderne par un professeur de langue verte, Freetown, 1864, p. 214.
[17] ↑ Cf. Philibert Joseph Le Roux, Dictionnaire comique, satyrique, critique, burlesque, libre et proverbial, Lyon, 1735, p. 370.
[18] ↑ Alfred Delvau, op. cit., p. 178.
[19] ↑ Sébastien Doane, «Les milles femmes de Salomon», Site interbible.org.
[20] ↑ À ne pas confondre avec sa nièce homonyme, née en 1736, fille d’Eward Walpole, le fils de Robert Walpole.
[21] ↑ Cf. «Lady Maria Walpole», site The Peerage. 
[22] ↑ Ou Amélie en français. Cf. «Amélie von Walmoden» et (version anglaise) : «Amalia von Wallmoden, Countess of Yarmouth».
[23] ↑ «Georges II : 8 facts about the British king and German elector», Site History Extra.
[24] ↑ Cf. Robien Eagles, «A Family affair ? Sir Robert Walpole and the “Robinocracy”, 1721-1742», Site History of Parliament, 3 avril 2021.
[25] ↑ «Georges II : 8 facts about the British king and German elector», Site History Extra.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article